CHAPITRE VIII
on s'adressa, pour l'assassiner, aux hommes qui devaient le moins exciter ses soupçons. Lorsqu'il était encore dans les Pyrénées, on avait promis leur grâce à Antonio Bardaxi, baron de Concas, et à Rodrigo de Mur, baron de Pinilla, déjà condamnés comme contrebandiers, a condition qu'ils iraient le prendre à Sallent 1 . Après qu'il fut arrivé en France, on offrit successivement leur pardon et beaucoup d'argent au Génois Mayorini, qui s'était évadé avec Perez, et dont l'amitié pour lui s'était refroidie, et a l'Aragonais Gaspard Burces, qui avait été cause de la prise et de la mort du marquis d'Almenara et était en fuite, s'ils se chargeaient de tuer Perez*. Mayorini resta dix jours sans prévenir Perez des ouvertures qui lui avaient été faites ; mais enfin il eut l'honnêteté de les dénoncer a son ancien ami, en présence de don Martin de la Nuza 3 . Ce complot, qui était conduit par un gentilhomme navarrais, fut ainsi déjoué. Celui que Gaspard Burces s'était chargé d'exécuter manqua également : on le découvrit, et Burces fut condamné a mort. Mais les sollicitations de Perez lui sauvèrent la vie 4 . Ces tentatives ne furent pas les seules dirigées contre sa personne pendant l'année qu'il passa en Béarn. En voici une qu'il raconte très-agréablement lui-même. Je vais le laisser parler.
1 Uorentc, Histoire de V inquisition, t. III, p. 345. » Relations, p. 172,173.
1 Ibid., p. 173.
*Ibid., p. 174, 175.
« La chose fut poussée, quand Perez était a Pau, jusqu'à tenter de se servir d'une dame du pays, qui ne manquait ni de beauté, ni de galanterie, ni de distinction, une maîtresse femme, amazone et chasseresse, et courant a cheval, comme on dit, par monts et par vaux : on eût pensé qu'il s'agissait de mettre à mort quelque nouveau Samson. Bref, on lui offrit dix mille écus et six chevaux d'Espagne pour qu'elle vînt à Pau, y fît une liaison avec Perez, et, après l'avoir charmé par sa beauté, l'invitât et l'attirât chez elle, pour, de Ta, le livrer un beau soir, ou le laisser enlever dans une partie de chasse. La dame, ou importunée ou désireuse, par une curiosité naturelle à son sexe, de connaître un homme dont le pouvoir et les persécuteurs faisaient tant de cas, ou enfin dans le but d'avertir elle-même le poursuivi, feignit, comme la suite l'a laissé croire, d'accepter la commission. Elle partit pour Pau, et se lia avec Perez. Elle venait le voir a sa demeure. Messagers et billets allaient pleuvant. 11 y eut plusieurs parties de plaisir; mais, en lin de compte, le bon naturel de la dame et son attachement pour Perez l'emportèrent chez elle sur l'intérêt, ce métal de bas aloi, qui souille plus que tout ce que l'amour peut se permettre, en sorte que ce fut elle-même qui vint lui révéler la machination d'un bout a l'autre, avec les offres faites et tout ce qui s'ensuivait. Elle fit bien plus encore, elle lui offrit sa maison et le revenu qui en dépendait, avec une si vive tendresse (s'il faut juger de l'amour parles démonstra-