CHAPITRE VÏII
qu'aucun autre, concouru a l'y maintenir avec solidité et avec grandeur par son dévouement et son habileté. Appliqué et pénétrant, rusé et énergique, il lui avait suggéré une conduite prudente, ou lavait entraînée dans des résolutions hardies, suivant l'occasion et le besoin. C'était lui qui l'avait décidée a prendre en main la défense des Pays-Bas, révoltés contre le roi d'Espagne; a combattre, sur le continent, ce redoutable chef du catholicisme, et a se défaire même de l'infortunée Marie Stuart, son alliée en Angleterre, alin de n'avoir pas a craindre l'ennemi au dedans pendant qu'on lui résistait au dehors. Ce vieux politique, qu'aucun scrupule n'arrêtait dans ses froids calculs, savait, par sa souplesse comme par ses services, conserver la faveur de sa souveraine, dont il supportait les bizarreries et les emportements, qui avait l'esprit plus haut que le sien, mais qui, au grand cœur d'une reine, joignait les caprices les plus étranges d'une femme 1 . Il avait vécu a la cour, il voulait y mourir, et sa dernière ambition était de transmettre la succession de son pouvoir a son lils, sir Robert Cecil, qu'il avait déjà fait nommer secrétaire d'État, et a qui il était ré- . servé de ménager la transition du règne d'Elisabeth à celui de Jacques 1 er .
L'esprit de Burghley, déjà glacé par l'âge, était rendu plus prudent encore par le changement qui s'opérait dans la situation des affaires sur le conti-
1 Ambassade de M. Hurauh deMaisse, etc., Ibl.ttl2, 24i, 256 et 257.
nent. D'accord avec l'habile Walsingham, il avait été d avis, en 4589, lorsque Henri IV venait de succéder à Henri III, de le soutenir de la manière la plus efficace, parce que la chute de ce prince en France aurait entraîné la soumission des Pays-Bas, et que le triomphe absolu du catholicisme dans la France et dans les Pays-Bas aurait menacé l'Angleterre d'une invasion espagnole. Aussi le cabinet anglais avait-il écrit alors aux États protestants d'Allemagne : « La bonne issue de la cause commune gît en la vie et bon portement de ce roi. Le mal qui lui peut advenir nous accablera tous, qui courrons la même fortune*. » Il avait donc conseillé d'accorder a ce prince une assistance proportionnée aux craintes et aux intérêts de l'Angleterre. Mais, maintenant que Henri IV, après avoir battu les ligueurs, changeait de religion, afin d'achever, par la conquête des esprits, l'œuvre qu'il avait avancée par le succès des armes, et de ranger à son obéissance les villes chancelantes et les chefs fatigués de la Ligue, les intentions de Burghley ne pouvaient plus être les mêmes a son égard. Philippe II étant vieux, le prince de Parme étant mort, et Henri IV paraissant en mesure de lutter sans désavantage contre la puissance espagnole un peu en déclin, Burghley se montrait peu porté a ce que l'Angleterre prît désormais une part active k la guerre du continent. Accorder avec parcimonie des secours à Henri IV, de
1 15 octobre 1589. Walsingham h State paper office, France.