CHAPITRE VIII
façon à entretenir la guerre en France et à l'éloigner de l'Angleterre, tel était son plan.
Le comte d'Essex avait des projets tout différents, et dans lesquels une politique plus hardie s'unissait a plus de générosité. La rivalité de pouvoir qui le séparait des Cecil y avait autant de part que l'ardeur de la jeunesse, le désir de la renommée, et aussi une manière plus profonde de comprendre les intérêts de l'Angleterre. Il aurait voulu unir celle-ci plus étroitement avec la France, pour qu'elles combattissent en commun Philippe II. Ce brillant et vaillant seigneur était alors le favori d'Elisabeth, qui l'avait nommé son grand écuyer et lui avait donné entrée dans son conseil . A peine âgé de vingtcinq ans, spirituel, instruit, aimant la guerre et les lettres, vivant avec magniticence , extrêmement cher à la noblesse et au peuple, lier et opiniâtre, même avec sa vieille souveraine, devant laquelle il ne savait pas fléchir, il tenait le premier rang k la cour, et il aspirait a avoir la principale autorité dans le gouvernement. « Il est courageux et ambitieux, écrivait, un peu après cette époque, un envoyé de Henri IV auprès d'Elisabeth; il est homme d'entendement, est tout son conseil a lui-même, et il est impossible de lui ôter de la tête ce qu'il a une fois entrepris... 11 est bon Anglais et Français, d'autant qu'il estime que cela sert a ses desseins 1 . » Essex pensait, non sans raison, que, si Henri IV était in-
• Ambassade de M. Hurault de Maisee. etc., fol. 217 v* et 251 V.
suffisamment secouru, il serait obligé de faire la paix avec les Espagnols, et que l'Angleterre et les Pays-Bas resteraient livrés a lanimosité et aux attaques de Philippe II.
Quant a Elisabeth, prudente et parcimonieuse, elle ne courait pas au-devant des dangers glorieux, mais éloignés, et elle n'aimait pas les dépenses inutiles. 11 lui semblait, dans les conjonctures nouvelles où se trouvaient les affaires du continent, qu'elle pouvait y employer moins de soldats et d'argent sans s'exposer a aucun risque. Sa politique était en cela conforme a celle de son vieux ministre, tandis que son penchant l'entraînait vers son jeune favori; du reste, selon sa coutume, elle écoutait tout le monde, pour se décider à la tin elle-même. Elle se considérait comme plus sage et plus habile que ses conseillers, se servait d eux et les dominait.
En arrivant dans cette cour divisée, et dont Elisabeth elle-même entretenait soigneusement les divisions, Perez dut rechercher le parti favorable aux intérêts du prince qui l'envoyait et animé des mêmes haines que lui. 11 s'adressa dès lors au comte d'Essex, qui lui accorda son amitié, le reçut dans son intimité, et l'admit dans ses parties de plaisir 1 . Le comte d'Essex lit grand état de l'expérience et du
1 Thomas Birch, Memoirs of the reign of queen Elizabeth, from original papers of Anth. Bacon, in-4 - , London, 1754, l. I, p. 140, 143 et 193. Les papiers d'après lesquels ont été composés ces Mémoires sont aujourd'hui au Musée britannique, parmi les manuscrits additionnels.