‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 150 sur 191 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

non à titre d'ambassadeur... Pour conclure, il en usera de telle sorte que sir Henri Unton puisse nous envoyer des lettres foudroyantes, qui nous obligent à faire des offres et des propositions 1 . »

En même temps qu'il se servait de l'envoyé du cabinet anglais pour arracher celui-ci a sa prudence et a son égoïsme, Essex voulut employer au succès de cette manœuvre la correspondance de Perez, afin que les mêmes informations, arrivant de deux côtés différents, agissent d'une manière plus sûre et plus forte sur l'esprit d'Elisabeth. 11 lui faisait transmettre les instructions suivantes : « Antonio écrira au comte d'Essex, dans une lettre qui puisse être montrée, que l'envoi de sir Unton a rendu les choses pires que jamais, et il me demandera pourquoi, moi qui connais si bien les humeurs du roi de France et les affaires de ce pays, je n'ai point empêché son envoi, puisqu'il n'a rien apporté autre. Il écrira

1 « So shall 99 (the french king) be more respected, liis friends gain crédit on this side, and those lhat have traversed him ail this while be conv inced and driven to ery peccavi. Let him shew his means

to treat, not as if be would make ostentation ofit Let biinsay...

be is sorry we are not able to keep him, and as sorry tbat be is not able tbo make the wars witbout us. But wben lie sees thaï 15 (Henry Unton) brings nolhing but words, be must seem to lake this worse than ail the rcst, as eithef meant to do him a scorn... Ile must give some public shew of coldness at his first coming and of disconlent, aller he hath heard him, but so as il be witbout offering him disgrâce, and he must be welcome him as 15 (Henry Unton) tbo' lie do not as ambassador. To conclude, he must so use the matter as 15 ( sir Henry Unton) may send us thundering letlers, whereby he must drive us to propound and to ofler. » [Memoirs of queen Elizabeth, t. I, p. 353 et 354 )

aussi qu'il craint qu'avant qu'on ait le temps d'envoyer de nouveau et de traiter, le roi de France ne soit allé trop loin pour revenir en arrière l . »

Tout se passa comme Essex l'avait arrangé. Dès son arrivée a Paris, sir Henri Unton écrivit, dans le sens convenu, a Elisabeth, a Burgbley, à Essex : « Je n'ai rien à ajouter, dit-il a ce dernier, sinon que, sïfo reine ne se hâte point de satisfaire le roi, les choses seront bientôt désespérées, étant déjà en de très-mauvais termes*. » De son côté, Henri IV, k qui Unton avait confié le plan du comte d'Essex, joua admirablement le rôle qui lui était assigné pour en assurer la réussite ; après avoir donné audience a l'ambassadeur anglais, il lit venir Perez et lui demanda s'il connaissait les instructions d'Unton. Perez ayant répondu que non : « Peu importe, dit le roi, vous saurez tout de moi qui vous aime, qui me fie en vous... quoique vous aimiez toujours l'Angleterre et vouliez y retourner 8 . » 11 lui fit connaître, en

1 « 93 (Antonio Perez) must wrile to 19 (cari of Essex) such a lelter as may he shewed, wherein he shall say thaï the sending ol 15 (Unton) hatli inatle ail things worse than ever, ami he inusl expostulate with me why I, knowing the humours of 99 (the french king) and «lie affaire of A (France) so .wcll as I do would not stay his coming. since he brought nothing clse. He must write also that he fears, ère he shall have leasure lo send again and lo treat 99 (the french king) will he too far gone to he brought back. » t Vemoirs of queen EHzabeth, t. I, p. 354.)

* Ibid.

3 « It is no matter, you shall, hear now and always every thing of me, who love you and confide in you... notwilhstanding you still are fond of England and désire to return Ihither. » [Ibid., p. 374.)

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