‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 149 sur 191 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ajoutant que , si toutefois cela était , elle s'en remettrait a Dieu, qui saurait comment la défendre. Du reste, elle ajournait toute jonction de leurs forces contre Philippe II, offrant a peine de secourir les villes maritimes de France qui seraient menacées par lui 1 . Henri IV, après avoir lu cette lettre, répondit qu'il n'était pas capable de soutenir seul le fardeau de la guerre, et que, si la nécessité le forçait a changer de politique, la faute n'en serait pas a lui, mais à la reine, et qu'alors ce ne serait plus le temps des justifications et des excuses, mais du repentir et des regrets*.

De plus en plus alarmée par cette réponse, qui semblait faire craindre des résolutions dont l'Angle terre se serait fort mal trouvée, Élisabeth envoya, à la iin de décembre 1595, vers Henri IV, sir Henri Unton, qui était très-agréable a ce prince, pour avoir été blessé à côté de lui en combattant a son service 8 . Sir Henri Unton était chargé par son gouvernement de pénétrer les véritables sentiments du roi de France, de savoir au juste s'il avait le projet de s'entendre avec l'Espagne, ou s'il en menaçait seulement l'Angleterre, moins mécontent au fond de celle-ci qu'il n'affectait de le paraître. Dans le

1 An histortcal vietv, p. 28-30.

* a That he was not able alonc to sustain thc burden of the war... Wherein if necessity shall force him to change course, as the fault thereof shall not be bis, so Her Majesty for her part, instead of excuses and justifications, shall only have cause afterwards of sorrow.» (/où*., p. 36.)

* Vrid., p. 44. — Memoira of queen Elizabeth, l I, p. 353,

premier cas, on devait l'apaiser et le gagner par l'offre d'un traité ou d'un bon secours ; dans le second cas, on devait laisser les choses comme elles étaient. A ces instructions officielles, qu'Unton reçut du cabinet anglais, le comte d'Essex, dont il était la créature dévouée, en ajouta de particulières, qui étaient de nature à prévenir toute incertitude sur les dispositions de Henri IV 1 . Dans ces curieuses instructions, il engageait ce prince à tenir ferme, et l'informait que le moyen le plus sûr de réveiller le cabinet anglais de sa léthargie et de réunir les deux couronnes était, non de menacer, mais d'agir. « Alors, disait-il, le roi de France sera plus respecté, ses amis de ce côté-ci gagneront plus de crédit, et ceux qui ont le plus traversé ses desseins jusqu'à présent seront forcés de crier : Peccavi. Qu'il montre les moyens qu'il a de traiter, non comme s'il voulait en faire ostentation... Qu'il dise froidement qu'il est fâché que nous ne puissions pas le soutenir, et qu'il ne l'est pas moins de ne pouvoir pas faire la guerre sans nous. Mais, en voyant surtout qu'Unton ne lui apporte que des paroles, il doit prendre cela en plus mauvaise part que tout le reste, comme si on avait l'intention de se moquer de lui... 11 devra, dès son arrivée, lui donner des témoignages publics de froideur, et, après l'avoir entendu, lui exprimer son mécontentement, sans, toutefois, lui faire encourir sa disgrâce, le traitant comme le bienvenu, mais

* Memoirs of quem Elizabeth, 1.1, p. 353.

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