CHAPITRE VIII
dans le langage le plus touchant, de cette femme héroïque, qui s'était si complètement associée à ses infortunes. « J'ai perdu, écrivait-il àEssex, la compagne de mes douleurs, la consolatrice de mes chagrins, la côte et la moitié de mon âme : je devrais dire plutôt l'âme tout entière de ce corps. Les autres femmes sont les corps des hommes ; celle-là et de semblables, si la nature peut en produire de pareilles, sont plutôt l'âme du corps des hommes... Elle s'est échappée de la prison des vivants pour le sépulcre des morts, le dernier asile des malheureux de ce siècle et la retraite la plus sûre 1 . » 11 voulait entrer dans les ordres, pour être, comme il le disait, plus souvent avec les tombeaux*. Henri IV, entrant dans ses pensées, lui promit même, à cette époque, la survivance de l'évêché de Bordeaux 8 .
Néanmoins Perez, sans renoncer à la tristesse dont il était accablé et a une aigreur de caractère qui devenait chaque jour plus grande, fut envoyé une seconde fois en Angleterre au printemps de 1596. La reine Elisabeth et son conseil avaient compris qu'il fallait resserrer les liens relâchés de l'al-
1 « Amisi comilem meorum laborum, consolatricem mearum œrumnarum, costam dimidiumque animas meas; animam totani luijus corporis dixissem inelius. Alix uxorcs corpus virorum; illa el taies, si
nalura altcram noverit producere, animœ corporum virorum Qu«
jam evasit a sepulcro viventium carcere ad sepulcrum cadaverum, ultimum miserorum hujus seculi asylum naturaque gremium securissimum. » (Memoirs of queen Elizabeth, p. 366.)
* « Sed ut diulius morer verserquecum scpulcris. » (îbià.)
3 /6itf., p. 449.
liance avec Henri IV et secourir ce prince, pour l'empêcher de traiter avec l'Espagne. Le cardinal archiduc Albert, qui avait reçu le gouvernement des Pays-Bas et devait bientôt épouser la fille de Philippe 11, s'était inopinément présenté, en avril, avec une armée de cinquante mille hommes, devant Calais. Le siège d'une aussi forte place du littoral, d'où les Espagnols menaçaient encore mieux l'Angleterre d'une invasion, avait ému Elisabeth 1 . Elle avait levé a la hâte des troupes, armé des vaisseaux, et proposé a Henri IV de défendre Calais, a condition d'en conserver la garde, ce que Henri IV avait refusé avec indignation. Pendant qu'elle mettait son assistance à un prix inacceptable, l'archiduc avait emporté la ville et la citadelle de Calais. Elisabeth, effrayée d'un pareil voisinage, en devint plus traitable. Henri IV lui avait dépêché d'abord M. de Sancy, ensuite le duc de Bouillon, accompagné de Perez, pour négocier une alliance offensive et défensive*. Faisant allusion a cette alliance, Perez dit, en partant, « qu'il voulait jouer le rôle de prêtre, c' est-a-dire qu'après avoir célébré la cérémonie il abandonnerait le couple a lui-même pour vivre et s'aimer, et que lui irait porter ses contemplations ailleurs, lk où il pourrait finir ses jours, moins exposé aux dangers et a la jalousie 8 . »
* Memoirs of queen Elizabeth, p. 459 et 462.
* An historical view, p. 45.
* a That therefore his conclusion was that in the treaty of coni'cderacy between En«land and France lie would play the priest; lhat is.