CHAPITRE VIII
le détourner de conclure la paix 1 . Mais ce prince avait pris son parti : il se montra reconnaissant des services que lui avaient rendus ses anciens confédérés, déclara qu'il ne manquerait jamais à l'amitié qu'il leur devait, et, repoussant leurs reproches comme leurs offres, il donna la paix à son royaume, épuisé par quarante ans de guerres civiles ou étrangères. Dans l'espace de quelques mois, il traita avec le dernier chef armé de la Ligue, le duc de Mercœur, qu'il força à la soumission en Bretagne; avec les protestants de France, auxquels il accorda 1 edit de Nantes, et avec le roi d'Espagne, qui lui rendit, a Vervins, toutes les places dont il était maître en Picardie.
Dès que cette paix avec Philippe II, qui devait changer la position de Perez, avait été sérieusement projetée, Perez était devenu un objet de défiance pour Henri IV et pour sa cour 4 . Ce n'était pas sans raison. Conseiller d'Ktat du roi de France et son pensionnaire, il avait conservé, par l'entremise de Naunton, des relations secrètes avec le gouverne-^ ment d'Angleterre, auquel il faisait donner avis de tout ce qu'il apprenait ou pénétrait 3 . Ses conversations avec le cardinal-légat et sa propre sagacité Tayant mis longtemps d'avance sur la voie de ce qui se négociait 4 , il en avait informé Naunton en lui re-
1 An historical view, p. 56.
* Memoirs of queen EUzabeth, t. il, p. 286.
» Ibid.y p. 286 et 294.
* Dans une lettre du 29 novembre 1597, Naunton écrivait à Es-
342 ANTONIO PEHEZ ET PliILll*l*E II
commandant de ne pas le nommer, sous peine de ruiner son crédit. Mais ces révélations, bien qu'indirectes et entourées de mystères, avaient été surprises ou soupçonnées par le roi de France, qui l'avait dès lors tenu pour suspect, et l'avait traité comme tel. Henri IV cessa de le voir, et le tint éloigné de ses confidences et de ses conseils 1 . 11 lui fit même reprocher d écrire en Angleterre sur les affaires de France*. Perez s'en défendit vivement comme d une calomnie, et il envoya Gil de Mesa auprès du connétable de Montmorency avec un mémoire dans lequel il disait : « Je supplie monsieur le connétable de me faire la grâce de demander à Sa Majesté qu'elle ordonne de vérifier le fait, et, s'il est faux, comme il Test en effet, de le déclarer, pour ma satisfaction, ainsi que le veut la justice, et de me permettre de me retirer de ses États et de la cour des princes, où l'on est exposé a tant de périls et où l'on est si mal jugé, avant que je n'y perde entièrement la santé et la vie 3 . » En même temps
sex : <t Antonio Perez considère le soin que Ton prend de satisfaire les protestants comme un signe infaillible que la paix se conclut avec l'Espagne. » (An historicaî view , p. 62.) 1 Ibid., p. 63 et TA
* « That Perez had greatly misdemeaned himsclf of late, in writing inlo England that peace was eilher already concluded or as good. d {Ibid., p. 64.)
5 a Supplico al seîior condcstable que me haga tal merced de pedir a* Su Magestad que mande averiguar esto, y, siendo falso, como lo es, hazer la demonstracion que es justa en mi satisfacion ; y darme licencia que me relire de sus reynos y de cortes de principes, y de sus peligros y juyzios, antes que me acaben la salud y vida. » {Memoria