CHAPITRE PREMIER
commodants 1 . Mais les loyales intentions de don Juan ne furent point appréciées par les États, qui ne virent dans son insistance a l'égard de l'embarquement des troupes qu'un moyen détourné de s'opposer a leur départ. Ils persistèrent dans leur refus, auquel ils étaient poussés par les soupçons du prince d'Orange et par les inquiétudes de l'ambassadeur d'Angleterre. Ce dernier avait eu ii ce sujet une explication avec don Juan lui-même, qui écrivit a Philippe 11 : « Un ambassadeur d'Angleterre m'est venu visiter, et m'a exprimé de la part de sa reine de grandes craintes que nos troupes ne partissent par mer. Il en est venu jusqu'à me dire que le but du voyage par mer était de délivrer la reine Marie*. » Don Juan l'avait pleinement rassuré en lui faisant croire que le roi d'Espagne n'avait d'autre intention que d'envoyer les vaisseaux montés par ses troupes dans la Méditerranée pour v combattre la Hotte turque. 11 avait ajouté en riant que, si les affaires des Pays-Bas s'arrangeaient, comme il y comptait bien, il irait privément baiser les mains de la reine sa maîtresse 3 . — Ce propos
1 Voir cette curieuse négocialion avec les troupes espagnoles et avec les États dans la lettre de don Juan au roi, du 2 janvier 1577. (Appendix B.)
* « Grandes teinores muestra un embejador de Ynglaterra, que a venido a visilarnie de parle de la rcyna, de que la gente aya de fair por mar, y a Uegado a decirme que la causa de hir por mar es por lihrar à la rrcyna Maria. » (2 janv. 1577. Don Juan au roi. ms. de la Haye, fol. 4, 12.)
s « Que si las cosas de aqui tomasen asienlo como esperava, hiria pribadamenle a besarle las manns. » {Ibtd.}
m ANTONIO PEREZ ET PHILIPPE II
indiscret et ironique choqua la prudence de Philippe II, qui mit en marge de la lettre de don Juan : « C'était en dire beaucoup 1 . »
Les dix-sept provinces, ne pouvant point s'entendre avec don Juan, fortifièrent, le 9 janvier 1577, la pacification de G and par Y Union de Bruxelles. Elles déclarèrent, dans ce nouvel acte de confédération, qu'elles emploieraient conseil, argent, biens, vies même, pour soustraire leur patrie h la tyrannie et a l'oppression des Espagnols, et enjoignirent à tous leurs habitants de concourir à ce but national sous peine de trahison, d'infamie, de lâcheté et de confiscation. De part et d'autre les dispositions redevinrent hostiles, et l'on prit une attitude menaçante. Cependant, comme Philippe II ne voulait pas la guerre et que les Etats la craignaient, les conférences se rouvrirent, sous la médiation des députés de l'Empereur, et a la lin don Juan consentit a ce que les troupes espagnoles se rendissent par terre des Pays-Bas en Italie, tandis que les Etats se décidèrent a fournir l'argent qui devait faciliter leur départ. L'accord fut alors conclu sur les bases de la pacification de Gand. Cet accord, connu sous le nom (Yédit perpétuel, fut signé le 12 février 1577 par don Juan, qu'il réduisit à une sorte de désespoir en lui enlevant le moyen d'entreprendre la conquêle qu'il avait rêvée. Aussi écrivit-il a Perez, le 16 février, veille du jour où les États généraux signèrent
* « De itiavo de Su Magestad : Muelio decir fucesto. » Ms. <l<* la Haye, fol. 4. 12.)