‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 15 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avait cherché a le détourner d une façon d'agir aussi téméraire et aussi dangereuse. « Pour l'amour de Dieu, lui avait-il dit, hien que vous soyez mon aîné, je vous engage à suivre mon conseil en ne marchant pas si vite, parce que, tout en croyant atteindre plus tôt le hut, on fait de faux pas et on recule le moment de l'arrivée. D'ailleurs, les rois n'aiment pas a en entendre trop long, et, quoiqu'il faille leur parler toujours avec sincérité et les avertir de ce qui est bon ou mauvais pour leur politique, il convient pourtant de procéder avec mesure et prudence, de manière a ne pas dépasser la limite imposée par leur grandeur et le respect qui se doit à leur majesté. »

Philippe II avait appelé la lettre d'Escovedo un papier sanglant \ et il s'en était plaint à Perez dans les termes d'un mécontentement profond : « En vérité, lui avait-il dit, il faut que ce soit la du fruit de l'Italie et de Flandre... Certes, s'il m'avait dit de vive voix ce qu'il m'a écrit, je ne sais si j'aurais pu me contenir sans altération visible*. » Perez était cependant parvenu a calmer sa colère. Excusant auprès de Philippe II l'humeur emportée et les vives exigences d'Escovedo, qu'il représenta comme pro-

1 « Pero mas de aqucllo digo aqui que me a parccido de ymbiaros su caria para que veais quan sangrienta viene. » (Philippe II à Perez (juillet 1576\ ms. de la Haye, fol. 62, 63.)

* « Que cierto me ha espanlado, y deve de ser fruto de Ylalia o Flandes. » (Ibid., 62, 63.) « Cierto que, si me-dixera de palabra lo que me escrivio, no sé si pudiera contener sin descomponerme como lo hicé. » (Billet de Perez au roi, avec la réponse du roi à la marge. Ibid., fol. 63, 67, et Mémorial. 313.)

cédant d'un zèle estimable, il lui persuada de répondre sans dureté au secrétaire de don Juan, de peur de le rebuter 1 . Philippe 11 le fit, maisEscovedo devint l'objet de sa haine secrète*. Celui-ci avait quitté Madrid au commencement de décembre, et il arriva en Flandre peu de jours après le départ de la lettre dans laquelle don Juan le demandait a Perez d une manière si instante.

La négociation avec les États avait fait peu de progrès. Don Juan avait accédé au départ de l'armée espagnole; mais cette armée ne pouvait pas partir sans être payée. Il s'agissait de savoir par qui elle le serait et quelle route elle devrait prendre. Don Juan n'avait pas d'argent, et les États ne voulaient pas en donner. Don Juan, dans l'intérêt de son entreprise, désirait que l'armée prît en partant la route de mer; les États, dans la crainte qu'elle ne s'emparât des îles de la Zélande, exigeaient qu'elle prit la route de terre. Le désaccord fut vif et prolongé. Don Juan, qui avait envoyé Escovedo auprès des troupes espagnoles pour les disposer au départ, offrit de se rendre lui-même, au sein des États et d'exposer sa propre liberté, dans l'espoir de leur inspirer plus de confiance et de les rendre plus ac-

1 « Veniendo a lo que Vuestra Magestad deve rcsponder a Escobcdo, me pareceria que Vueslra Magestad no deve eserebirlo en ninguna palabra aspera, porque, siendo como yo lo creo con buen yelo lo quescrive, no se dcslaborezca. » (Anl. Perez au roi, 25 juillet 1570. ms. de la Haye, toi. 63 à 67.)

* Le roi répond : « Haoodlo assi y mu paroco mVn la rrepuosla. » [Ibid.)

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