‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 172 sur 191 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Montmorency. Un moment il crut que la cour de France le traiterait comme autrefois, et il écrivit au connétable : « Il ne vous reste pins, monseigneur, qu'à achever de votre main, avec M. de Villeroy, ce miracle; car j'ai si peu de bonheur, qu'il faut un miracle pour amener une résolution qui me soit favorable ! . » Et puis, pressé par les dures extrémités auxquelles il se trouvait réduit, il ajouta, dans un langage triste et touchant : « Comme je pense que mon lils se sera mal fait comprendre de Votre Excellence par honte de me voir en venir a de telles hardiesses, que je demande a Votre Excellence du pain, après tant de faveurs et de bienfaits dont je lui suis redevable, je supplie Votre Excellence de me secourir par quelque aumône de sa charité et libéralité naturelle, en attendant cette résolution du roi 8 . »

Mais sa pension ne lui fut point rendue. Aussi se vit-il réduit a tenter les derniers efforts pour rentrer en Espagne. 11 avait quitté Saint-Denis et s était établi à Saint-Lazare, alin de voir plus facilement et d'inléresser en sa faveur l'ambassadeur espagnol, don

1 a Resta, sonor, agora que Vuestra Excelencia acabe de su mano con Mos. de Villaroel este milagro. Que mi corta ventura es tal que milagro es menester para resoluciou que aya de ser en mi favor » (Lettre de Pcrezau connétable, ms. Béthune, vol. 9141, fol. 30.)

* « Y porque yo creo que mi hijo no dcve de averse dado a entcnder â Vuestra Excelencia con la verguenza que ha conoscido en my de llegar a tal atrevimiento corao â pedir pan a Vuestra Excelencia sobre tanto i'avor y favores como le devo, supplico â Vuestra Excelencia que me soccorra con alguna limosna de su liberalidad y piedad natural para esperar esta resolucion de Su Magestad. » (Ibid.)

Ballhasar de Zuniga. Ce dernier étant parti pour Madrid en 1606', Perez le conjura de lui faire obtenir la grâce de revoir son pays et d'aller mourir au milieu des siens. Lorsqu'il apprit que don Balthasar de Zuniga était en route pour revenir à Paris, en 1607, il écrivit au connétable de Montmorency : « Le retour de don Balthasar de Zuniga me fait espérer une résolution quelconque, ou, pour mieux dire, d'être détrompé, car c'est Va le terme assigné à ce leurre, ainsi que je l'ai écrit hier au roi trèschrétien. Je me résoudrai alors a vivre et a mourir sans subir davantage les tourments des espérances humaines. Quoique je sache bien tout ce qu'elles ont de trompeur, je me suis cru obligé a faire cette épreuve dernière, afin de montrer au monde que, si j'en reste Ta, ce n'est pas faute de longanimité et d'avoir mis de mon côté toutes les justifications, autant que je l ai pu. Fort de ce sentiment, je m'en remets a Dieu du jugement final*. »

1 Au commencement de 1606, don Balthazar de Zuniga reçut l'autorisation de quitter momentanément Paris. Voir la lettre de Philippe III à cet ambassadeur, du 28 janvier 1606, dans les Papiers de Simancas, aux Archives impériales, série A, liasse 58, n«> 124.

* « Con la llcgada de don Baltassar de Zuniga, 6 buelta por mejordezir, espero alguna resolucion y, porlomenos, desengano; que este es cl termino que he puesto à este encanto como lo escrivi ayer al rey cristianissimo conque me echaré a bivir y morir sin mas padescer los tormentos de esperanças humanas, que aunque las conozeo y sus enganos, he tenido por obligacion hazer esta ultima prueva, porque vea el mundo que no quedo por bizarria ni falta de lodas justificaciones en quanlo en mi ha sido. Y con esto entregaré a Dios el juyzio ultimo. » (Lettre de Perez au connétable, du 25 avril 1607, ms. Béthune, vol. 91 /il, fol. 11.)

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