CHAPITRE ÏX
terre que d'y souffrir Perez 1 . En effet, Perez fut contraint de retourner sur le continent, sans avoir pu contribuer a la paix, qui fut signée en août 1604 par le connétable de Castille et le comte de l)evonshire, entre l'Espagne et l'Angleterre, après un quart de siècle de luttes religieuses et maritimes*. Détesté par les Espagnols, qu'il voulait servir, et qui le considéraient toujours comme un rebellesuspect aux Anglais, qui le croyaient envoyé par Henri IV pour traverser des négociations nécessaires, il revint fort confus en France, où l'avaient déjà compromis le peu de sûreté de son caractère et l'inconstante légèreté de ses sentiments. « Les Anglois nous ont renvoyé Perez assez incivilement, écrivait Villeroy au comte de Beaumont. La pension de douze mille livres que Sa Majesté lui donnoit devant qu'il partist, il nous la redemande maintenant par aumosne ; car nous recognoissons icy sa portée et l'estimons ce qu elle mérite, comme ils font par delà, et encore peut-estre plus avant. 11 dit que M. Cecil lui a dressé cette partie avec l'ambassadeur d'Espagne pour l'affection qu'il portoit au comte d'Essex. Monsieur, c'est la vérité que ses adversitez ne l'ont guères rendu plus sage et discret qu'il estoit en ses prospéritez\ »
« Lettre de M. de Beaumont à M. de Villeroy, du 29 février 1604, ms. Béthune, n* 9994, fo). 123
» Rymer, Acta publica, in-fol., la Haye, 1742, t. VII, p. 117.
* Lettre de M. de Villeroy à M. de Beaumont, du 9 mars 1604, ms. Béthune, n-9994, fol. 160, 161.
La cour d'Espagne fut loin de savoir le moindre gré a Perez des motifs qui l'avaient conduit en Angleterre. Deux mois après la conclusion de la paix de Londres, le duc de Lerma se plaignit même au comte de la Rochepot, ambassadeur de Henri IV a Madrid, de ce que son maître avait accueilli dans ses Etats Perez et d'autres Espagnols ; ce qui, faisant naître des soupçons, empêchait entre les deux rois une réconciliation véritable et permanente 1 . La Rochepot, pour calmer cette défiance, rappela que Perez et les autres réfugiés avaient reçu l'hospitalité en France pendant la guerre, et non depuis la paix*. Du reste, cette hospitalité était devenue bien restreinte pour Perez depuis son retour. Logé, non plus 'a Paris, mais k Saint-Denis 8 , ce personnage, naguère si somptueux et si altier, maintenant dompté par la misère, demandait avec supplication et humilité que sa pension lui fût rendue. Il invoquait la générosité de Henri IV; il envoyait à Villeroy l'aîné de ses fils, don Gonzalo, qui était venu le joindre en France avec son frère don Raphaël ; il recourait surtout a l'intervention bienveillante du connétable de
1 « Que Anlonio Perez y otros Espafiolcs y Portugucses se acogieron de muy poco aca a Francia y que lal manera de vivir cria muy gran dcsconfiança entre estos dos reyes y impide una verdadera recouciliacion. » [Una platica que tubo el Embaxador de Francia con el seiior duque de Lerma. Papiers de Simancas, série B, liasse 81, n" 304, 309.)
* « Por lo que es de Antonio Perez y los demas que Su Excelencia (iize averse acogido «4 Francia, â todos es muy manificsto que esto fue en tiempo de la guerra y no despues de la paz hecba. » [Ibid.)
5 Mercure françois, année 1611, t. II, fol. 291.