‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 174 sur 191 · CHAPITRE IX 57H · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX 57H

d'un homme qui, après avoir été le ministre favori du plus puissant roi de l'Europe, après avoir entraîné tout un pays dans la défense de sa personne et de sa cause, après avoir pris part aux confidences et aux affaires des deux plus formidables ennemis de son ancien maître, était tombé dans un pareil dénûment et voyait ses plus humbles prières repoussées par de désespérants refus. Sa détresse ne fut pas sans doute étrangère a ses nombreux changements de demeure : il s'était transporté de Saint-Lazare dans la rue du Temple, de la rue du Temple au faubourg Saint-Victor, et il alla s'établir, en 1608, près de l'ArsenaL rue de la Cerisaie 1 , où ses chagrins et ses infirmités accrurent sa solitude.

Obligé de renoncer a tous les autres plaisirs, il cherchait des distractions dans les réminiscences de sa jeunesse, les occupations de son esprit, et il allait beaucoup a l'église demander a Dieu les consolations que lui refusaient les hommes; il écrivait et il priait. C'est dans cette période malheureuse et inoccupée de sa vie qu'il lit beaucoup de choses perdues depuis, et qu'il composa pour le duc de Lerma son livre sur la science du gouvernement, intitulé : Étoile polaire des princes, des vice-rois, des conseillers, des gouverneurs, et avertissements politiques sur F administration publique et particulière d'une

mis amigos que me socorrian y con no sabcr dondc liallar el pan <le manana. » (Caria al ambajador de Espaùa, don Pedro de Tolcdo, dans l'ouvrage de M. Bermudez de Castro, p 594.) * Mercure françois, année 1611, t. Il, fol. 291 r°.

ANTONIO PKHÈZ liT PHILIPPE Jl

monarchie 1 , etc. Cet ouvrage, où se reconnaît la vive imagination de Perez, et où I on trouve l'expérience d'un ministre tombé, n'a cependant rien de fort remarquable. Les conseils donnés a un premier ministre sur l'art de bien choisir ses créatures et de bien distribuer ses grâces, l'utilité de se montrer affable, le soin d'accorder des audiences, la nécessité d'éloigner du prince les grands qui pourraient peu a peu le perdre et de ne pas mettre ceux qu'il aurait offensés en position de se venger, etc. , étaient les banalités du métier de favori, que le duc de Lerma n'avait pas besoin d'apprendre, et que Perez avait peu de mérite à retracer. Sous ce rapport, les lettres qu'il a écrites de son exil contiennent des anecdotes plus instructives, des réflexions plus ingénieuses et plus profondes sur le gouvernement de Philippe H, sur la rivalité du duc d'Albe et de Ruy Gomez de Silva, sur les théories et les procédés de ce dernier, qu'il considère comme le grand maître dans cette science des cours, « où sont, dit-il, les

1 Cet ouvrage existe en manuscrit à la Bibliothèque royale, fonda Saint-Germain, n° 144, sous le litre suivant: Norte de principes, vircyes, présidentes, consejeros, gobemadores, y advertimientos polticos sobre lo publico y particular de una monarchia imporlantissima à los laies fundados en materia y razon de eslado y gobierno ; por Antonio Perez. M. Bermudez de Castro dit, p. 503, que cet ouvrage a été imprimé à Madrid à la fin du siècle dernier. Toutefois, je n'ai pu me !e procurer. Don Valladores de Sotomayor, dans le t. XXVIII du Semanario erudito, avait annoncé qu'il publierait le traité de Perez ainsi que le procès criminel qui lui lui intente par l'ordre de Philippe If. Mais je n'ai trouvé, dans les volumes subséquents de cet iutércssanl recueil, ni l'un ni l'autre de ces documents.

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bas-fonds de la bassesse humaine, et où il est besoin d'avoir une grande prudence et de naviguer toujours la sonde à la main 1 . »

Mais il faut convenir qu'en ce qui concerne la conduite générale du gouvernement, son livre renferme des vues utiles, morales, prévoyantes, et dont quelques-unes sont même au-dessus de l'esprit de son temps. Opposé, comme ministre de l'ancienne faction du prince d'Eboli, a la guerre qui avait épuisé la monarchie espagnole, il se déclare pour la paix, et va même jusqu'à conseiller de reconnaître l'indépendance des Provinces-Unies de Hollande, politique entièrement réalisée sous le ministère du duc de Lerma. Jl engage à relever la marine, déchue depuis l'expédition malheureuse de 1588, dans l'intérêt de l'Espagne et de ses colonies, dont il ne craint pas de déplorer la découverte 8 . Contraire à la richesse territoriale du clergé et a l'ambition insatiahle de la noblesse, il est d'avis qu'il faut gouverner pour le peuple, qui ne demande que le droit commun, une bonne administration et la justice.

Il appartenait, du reste, à Perez, pour lequel tout un peuple avait compromis son indépendance, de se faire, a son tour, le défenseur des intérêts des

1 « Aqui son I09 baxios de la baxesa lmmana, aqui es menester grande tiento, y navegar COQ la sonda en la mano. » (Cartas, à un gran privado, p. 559.)

* a Las riquezas, el oro y la plata de las Imlias traxeron consigo este mal, para que podamos llorar, y con razon, si esto que llamainos merced l'uese castigo del ciclo. » (Ms. de la Bibliothèque impériale, supplément français, n* 2502, loi. 131 V et 132.)

peuples. Depuis sa proscription, cette théorie libérale devint et demeura la sienne. Victime du pouvoir absolu après en avoir été l'instrument, il combat la tendance alors irrésistible des monarchies vers cette forme de gouvernement avec une sombre et menaçante énergie. « Parce que je désire, dit-il, la conservation des royaumes, je désire la conservation des rois, et parce que je désire la conservation des rois, je désire que les rois se maintiennent dans les limites permises. Ceci n'est pas de moi, quoique d'aussi honorables désirs ne puissent déshonorer personne, mais d'un grave conseiller qui dit au roi don Philippe II, en voyant dans diverses occasions qu'il marchait vers la licence du pouvoir absolu : « Seigneur, tempérez-vous ; reconnaissez Dieu sur la « terre comme au ciel, afin qu'il ne se lasse pas des « monarchies (doux gouvernement si l'on en use douce cément) et ne les brise pas toutes, outré de l'abus « du pouvoir humain. Car le Dieu du ciel est un Dieu « très-jaloux, qui ne veut souffrir de compagnon en « aucune chose.» Le même conseiller me disait a moi en particulier : « Seigneur Antonio, je crains beauce coup, si les hommes ne se modèrent pas, et s'ils « continuent a se faire dieux sur la terre, que Dieu ne « se fatigue des monarchies, ne les bouleverse, et « ne donne une autre forme au monde 1 . »

1 « Por lo que dessco la conservacion de los rcynos, desseo la conservacion de los rcyes : por lo que dessco la conservacion de los reyes, desseo la conservacion dellos denlro de los limites permitidos. No es inio esto, auuque nadie se deshonrre de tan hoûrrados desseos : es de

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