‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 175 sur 191 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les dernières années de Perez, a partir de 1608, se passèrent dans la gêne et l'isolement. Les maux de la vieillesse, hâtés par l'excès des plaisirs et par les tribulations, avaient fondu sur lui. La faiblesse de ses jambes ne lui permettant même plus de se rendre a l'église voisine, il avait obtenu du pape, qui l'avait déjà absous des censures encourues pour son commerce avec des hérétiques, la permission d'avoir un oratoire dans sa maison, rue de la Cerisaie 1 . Lorsque, après la mort de Henri IV, en 1610, le duc de Feria fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire a Paris, pour négocier le double mariage de Louis XIII avec une infante d'Espagne et d'une fille de France avec le prince des Asturies, Perez, que l'espérance d'aller mourir dans son pays n'avait point abandonné, s'enquit avec anxiété s'il n'avait pas a lui annoncer la lin de son exil. Mais le duc de Feria n'avait reçu de sa cour aucun ordre a son égard*. Profondément découragé, Perez, quelun grave consejero, que dixo al rey don Phelippc II no mcnos sobre diversos golpes que le yva dando en diversas ocasioncs, viendo que le yvan encaminando â la libertad del poder absoluio : a Scîïor, tened quedo, tcmplaos, reconosced û Dios en la tierra como en el cielo por « que no se canse de las monarcliias (suave govierno si suavcmcnlo « usan del) y las baraxc todas, picado del abuso del poder humano. a Que es Dios del cielo delicado mucho en sulïrir compafiero en nin- « guna cosa. » Este tal consejero me dizia â mi a solas : « Sefior An- <( tonio Perez, mucho temo que si los nombres no se tcmplan en ha- « zcrse Dios en la tierra, se ha de cansar Dios de las monarcliias y « barazarlas y dar otra forma al mundo. » {Cartas, d un seiior grande y consejero, p. 545, 546.)

1 Llorcnte, Histoire critique de V inquisition, t. III, p. 560.

* Mercure françois, année 1611.

ques mois après, sur le conseil de son ami Sosa, évéque des Canaries 1 , général des franciscains et membre de l'inquisition, n'en essaya pas moins de fléchir le tribunal du saint-office, auquel il attribuait la durée de son éloignement. 11 demanda au conseil suprême de l'inquisition un sauf-conduit qui lui permît d'aller se justifier devant lui*, mais cette démarche ne réussit pas mieux que les autres. Quelques mois après, il tomba mortellement malade. L'Aragouais Manuel don Lope et les autres Espagnols réfugiés à Paris l'assistèrent avec une affectueuse sollicitude, et le frère dominicain André Garin, qui ne le quitta point, lui administra les secours religieux 3 . Le 3 novembre 1611, sentant sa tin approcher, Perez dicta a son ami Gil de Mesa la déclaration suivante, qu'il ne put pas écrire de sa propre main :

« Dans la situation où je me trouve, et a la veille d aller rendre compte à Dieu de ma vie, je déclare et je jure que j'ai toujours vécu et que je meurs chrétien et lidèle catholique, et j'en prends Dieu a témoin. Je proteste a mon roi et seigneur naturel, ainsi qu'à toutes les couronnes et royaumes qu'il possède, que je n'ai point cessé d'être son fidèle serviteur et sujet 4 . » Après avoir invoqué, a l'appui

1 Llorcntc, Histoire de V inquisition, t. III, p. 358.

* tirid.

* Ibid., p. 3G0.

* « Por el paso en que estoy y por la cucnla que voy à" dar â Dios. declaro y juro que be vivido siempre y muero como fiel y catôlico eristiano ; y de esto hago a Dios testigo. Y conficso a" mi rey y sefior

Page 1