‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 178 sur 191 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tion consentît a reviser le procès de Perez et a réhabiliter sa mémoire 1 . Cet acte de réparation ne fut définitif que le 6 juin 1615*. Alors seulement les malheureux enfants de Perez, qui avaient passé leur jeunesse dans une prison, et qui avaient été légalement atteints de la dégradation de leur père, sans avoir pris part a ses fautes, furent rétablis dans leur rang et dans leurs droits de nobles espagnols 3 .

Antonio Perez, sans être un des grands ministres de Philippell, comme l'impérieux cardinal Espinosa, l'adroit Ruy Gomez, laitier duc d'Albe, le discret Granvelle, posséda un moment toute la faveur de ce prince et fut le personnage le plus puissant de la monarchie espagnole. Arrivé trop facilement au pouvoir, il ne sut pas s'y maintenir, et, devenu, pour ainsi dire, ministre par voie héréditaire, il se conduisit en véritable aventurier. Passionné, avide, dissipateur, violent, artificieux, indiscret, corrompu, il porta ses dérèglements dans une cour aux apparences sévères, troubla de ses agitations un prince habitué a une dignité tranquille, offensa par la rivalité de ses amours et l'audace de ses actions un maître hypocrite, vindicatif et absolu. Bien qu'il connût à fond celui qu'il servait; bien qu'il eût le secret de ses passions cachées, de sa dissimulation redoutable, et de cette jalousie de son pouvoir qui rendait sa confiance toujours incertaine; bien qu'il

' Llorente, Histoire critique de l'inquisition, t. III, p. 375. * Ibid., p. 358- 375.

3 Ibid., p. 372.

sût que Philippe II avait tué le cardinal Espinosa (Tune seule de ses paroles, avait employé le duc d'Albe pour son habileté et lavait éloigné pour ses hauteurs, n'avait gardé Ruy Gomez jusqu'au bout qu'a cause de sa dextérité et de ses condescendances, il osa le tromper, et il se perdit. Dans la lutte désespérée où le précipitèrent ses excès et ses fautes, il déploya des ressources d'esprit si variées, il montra une telle énergie de caractère, il fut si opprimé, si éloquent, si pathétique, qu'il devint l'objet des plus généreux dévouements et obtint la sympathie universelle. Malheureusement les défauts qui l'avaient perdu en Espagne le décréditèrent en Angleterre eten France, où, toujours le même, il compromit jusqu'à sa disgrâce, et mourut dans la pau vreté et l'abandon.

J'ai exposé complètement, je crois, la vie de ce personnage désordonné et attachant, adroit et inconsidéré, d'un esprit aimable et d'un caractère léger, plein d'activité, d'imagination, de vanité, de passion, d'intrigue, que l'on condamne, mais qui touche par quelques-uns de ses sentiments et par ses malheurs. En retraçant cette vie agitée et instructive, je suis allé plus loin que je n'en avais d'abord le dessein. Si, par le développement que je lui ai donné, elle a acquis toute son exactitude sans rien perdre de son intérêt, j'espère qu'on m'en pardonnera la longueur.

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