CHAPITRE PREMIER
Don Juan adressait les mêmes désirs à Perez. 11 le priait de les communiquer au marquis de los Vêlez dans la mesure qu'il jugerait convenable, afin que le marquis contribuât de son côté à leur concilier la faveur du roi. « 11 me rendra, disait-il avec effusion, un des plus signalés services qui se puissent recevoir d'un ami, car ce service me sauvera infailliblement du danger de risquer une désobéissance pour échapper à une infamie 1 . » 11 revenait à la charge quelques semaines après avec un redoublement d'ardeur. Au moment même où il faisait défiler les troupes, des villes qu'elles occupaient, sur Maestricht, qui devait leur servir de lieu de concentration et de point de départ pour l'Italie, il écrivait le 1 er mars à Perez, qu'il autorisait à modifier ses dépêches officielles au roi, s'il en trouvait* le langage trop vif : « Mettez toujours en première ligne de me tirer d ici. Sur ce point, il y va pour moi de la vie, de l'honneur, du salut de mon âme. Car, pour
mundo. Que Montes ay cerca de Sansevaslian y Santandcr y ally quicro estar mas entre los animales que no entre los de la corte. Ayudemos nos pues conservamos al que nos conserva y Uebemosle donde se Uevase el contentamicnlo. » (Mb. de la Haye, fol. 12 à 16.)
1 a Aciendome a mi una de las mayores buenas obras que de amigos puedo recevir; pues me libraran cierlo de yncurir en lo de inobediencia por no pasar por casso de ynfamia. » (10 févr. 1577. Don Juan à Perez, ms. de la Haye, fol. 16, 18, et Mémorial, p. 307.)
* a Dire en este papel a parte, por si fuere ese otro para veerlo de Su Mageslad que si en cl huviere algo crudo que pues ba en cifra lo saque segun viere convenir, alargando, quitando y mudando al fin lo que le paresca.» (I" mars 1577. Don Juan à Perez, ms. de la Haye, fol. 18, 19.)
la vie et l'honneur, je les perdrai certainement en cas de retard, et avec eux les services passés et à venir, et l'âme, quand ce ne serait que par désespoir, courra également de grands risques... Qu'on me croie et qu'on exécute sur-le-champ ce que je demande en toute sincérité. Faites-y donc tous vos efforts, seigneur Antonio, et envoyez-moi des nouvelles qui me donnent a vous in cetemum, si je puis jamais être à vous plus que je ne le suis. Je me joindrai a Vêlez et à Quiroga, non-seulement pour vous soutenir, mais pour attaquer nos ennemis, car je regarderai comme tel quiconque le sera d'un ami tel que vous 1 »
De quelle manière furent alors jugées et prises a Madrid ces pensées de don Juan, qu'inspiraient une position fausse, une imagination malade, une ambition inquiète, mais qui n'avaient certainement rien de factieux? Perez va nous l'apprendre lui-même. Jouissant de la confiance de Philippe II, auquel il ne cachait rien, il avait consenti a correspondre avec don Juan et Escovedo, dont il était le confident et l'ami, a entrer dans leurs vues, a paraître les favoriser auprès du roi, a s'exprimer même très-libre-
' « Presuponiendo on lo principal, ques lo del sacarme de aqni, que en hacerlo me ha la vida y onrray aima, porque las dos primeras partes pcrderé cierlo si tarda, y con cllas lo servido y por servir, y la tercera, de puro desesperado hirâ a gran ricsgo. Creame... y, despues exécuta r luego lo que tan de beras pido, esfuercelo, sefior Antonio, y aviseme con propio, cmbiandome nuebas taies que para yn seternum me liaga suio, si masque soy lo puedo ser. » (1" mars 1577. Juan à Perez, ms. dn la Haye, M. 18. 19.)