CHAPITRE II
vedo comme des rêves méprisables et il appelle même sur lui l'indulgence de Philippe II 1 .
Depuis l'arrivée de don Juan dans les Pays-Bas, la nature de ses désirs a pu être appréciée d'après ses lettres mêmes. Obligé de renoncer a l'entreprise d'Angleterre, éprouvant un insurmontable dégoût pour le séjour de la Flandre, qu'il ne pouvait ni gouverner ni contenir, il voulut partir à la tête des troupes espagnoles, et faire en France quelque coup d'éclat qui couvrît la honte de cette retraite. Fils avoué de Charles-Quint, il demanda a être traité comme*un infant, et, après avoir rêvé un trône, il eut la prétention plus modeste d'entrer dans les conseils d'Espagne. Les vœux qu'il manifesta à cet égard ne sortaient point, ainsi qu'on Ta vu, des * bornes de la fidélité, et son ambition s'exprimait toujours dans les termes du dévouement.
Ce dévouement permet peu de croire a l'alliance secrète concertée, selon Perez, dans un but évidemment factieux, entre don Juan et les Guise, sous le nom de défense des deux couronnes. Aussi na-telle point de fondement. On peut s'en assurer en lisant, comme je l'ai fait, la correspondance de Juan Vargas Mexia, d'après laquelle Perez parle de cette alliance que Vargas aurait dénoncée vers le printemps de 1577. D'abord Vargas ne fut nommé ambassadeur auprès de la cour de France, pour succéder k
don Diego de Zuniga, qu'en octobre 1577, et n'ar- «
1 Voir l'Appendix D.
riva a Paris que le 10 décembre, quatre mois après l'envoi d'Escovedo a Madrid. Ensuite, il ne dit nulle part, comme le prétend Perez, que parmi les agents dépéchés à Paris par don Juan, pour les affaires de Flandre et avec des missions ostensibles, il y en eût qui, après avoir rempli leur charge, revinssent pour s'enfermer secrètement dans le cabinet du duc de Guise. Enfin, loin de porter k la connaissance de Philippe II une aussi dangereuse confédération ourdie par des menées mystérieuses, Vargas écrit en termes formels a ce prince que le duc de Guise, dans un entretien confidentiel qu'il a eu aveé lui sur l'Ecosse, a sollicité, pour sa parente Marie Stuart, la double assistance du roi catholique et du roi de France. Il ajoute : « Le duc de Guise croit que Votre Majesté aurait seule mis fin depuis longtemps aux affaires d'Ecosse sans la crainte du roi trèschrétien, et que le roi très-chrétien y aurait mis lin de son côté sans la craintç de Votre Majesté. Aussi désire-t-il Yunion des deux couronnes et les conséquences qui pourraient résulter de cette union. 11 pense que par là vous seriez les maîtres de tout, et que vous pourriez donner la loi au monde 1 . » Rien ne ressemble moins à une ligue factieuse pour la
1 <r El duquc crée que Vuestra Magestad solo huviera dado lin muehos dias ha, sin cl respeto de aca, y el cristanissimo sin cl de Vuestra Magestad, y lo que dessea es h union destas dos coronas y los elTectos que podrian hazer unidos y como serian senorcs de lodo y podrian dar ley al mundo. » Le roi met en marge des mots soulignés le signe destine à attirer l'attention : Ojo ! [Papiers de Simancas, aux Archives, série B, liasse 44, nT 114.)