‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 29 sur 191 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

défense des deux couronnes, attribuée par Perez à don Juan et au duc de Guise, que Y union des deux couronnes proposée par le duc de Guise entre les deux rois. Des rapports étroits liaient sans doute don Juan et le duc de Guise; mais ces rapports avaient pour objet la défense des Pays-Bas contre le parti du prince d'Orange, le maintien du catholicisme menacé par les progrès de la croyance protestante, enfin les affaires d'Angleterre, qui intéressaient également le duc de Guise et don Juan, puisque l'un voulait délivrer Marie Stuart de sa prison, et que l'autre convoitait la souveraineté de ce royaume. Du reste, les informations un peu vagues que Juan de Vargas donne sur les relations de ces deux princes sont presque toutes postérieures au meurtre d'Escovedo, et ne sauraient dès lors avoir concouru a le provoquer 1 .

Ainsi réduits a leurs termes réels, les projets de don Juan n'avaient rien de redoutable ni même de bien sérieux. C'étaient des pensées ambitieuses et chimériques se succédant sans s'accomplir et s'annulant les unes les autres. Aucune d'elles n'avait reçu un simple commencement d'exécution, et, à cette époque, elles étaient toutes abandonnées. Tunis était depuis quatre ans perdu. L'Angleterre devenait pour longtemps impossible k envahir, et il n'était plus question pour don Juan, ni de quitter la Flandre, ni de traverser la France en chef d'aven-

1 Voir l'Appendix E.

turiers, ni d'être introduit dans les conseils d'Espagne. Revenu de ses dégoûts, renonçant par nécessité à ses rêves, il ne songeait qu'à reprendre la guerre et à faire triompher par les armes l'autorité de son frère dans les Pays-Bas. La dernière mission d'Escovedo n'avait point d'autre objet, et don Juan l'avait envoyé en Espagne pour les affaires de Philippe II et non pour les siennes. On est dès lors surpris que Philippe II, s'alarmant de ces desseins vagues, contradictoires, délaissés, ait choisi un pareil moment pour se livrer a ses redoutables défiances envers Escovedo. Cependant la facilité de ses craintes s'explique par l'excès de sa méfiance. Sa nature soupçonneuse le rendait timide et crédule. L'aveuglement passionné avec lequel il s'épuisa en entreprises impraticables pendant les quinze dernières années de sa vie l'empêchait de discerner dans les autres ce qui était réellement k craindre de ce qui était chimérique.

Aussi, à peine Escovedo eut-il mis le pied sur le territoire espagnol, que Philippe II écrivit, au dire de Perez 1 , sur la lettre qu'Escovedo lui adressa le 21 juillet de Santander : « Le coup est tout près de nous atteindre, il faut nous bien précautionner de toute façon et nous hâter de le dépêcher avant qu'il

1 t Esta caria con el despacho que dice en ella di6 Antonio Perez â Su Magestad y la hiô y pusô en cima desta misma caria en la inlitulacion délia de su real mano. » (Lettre d'Escovedo à Perez, du 24 juillet 1577. De Sanlunder, ms. de la Haye, fol. 57, 38. — Mémorial, p. 342.)

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