CHAPITRE II
sur ce qu'il pouvait savoir a cet égard, lui adressa des questions en apparence pleines d'ouverture, mais au fond très-insidieuses. Afin de lui donner le change, Perez laissa entrevoir que le coup était parti, sans doute, ou des États de Flandre, ou des soldats mécontents, ou avait pour cause quelque intrigue de femme. Le gendre de l'alcade, Garcia de Arce, vint l'entretenir de tout ce qui se passait et se disait, pour examiner sa contenance et surprendre son secret. Les amis d'Escovedo formaient déjà des conciliabules contre lui, et la veuve, moins confiante que le fils, le comprenait dans ses soupçons, qui se portaient aussi sur l'amirante et le duc d'Àlbe. En rendant compte à Philippe H 1 , qui était dans ce moment a l'Escurial, de l'agitation de Madrid, des propos des uns, des conjectures des autres, des démarches qu'il avait faites, des épreuves qu'il venait de subir, Perez ajoute douloureusement : « 11 faut que Votre Majesté sache que j'ai avalé d'amers déboires, dans toutes les situations et circonstances que je viens de dire. » Le roi lui répond : « Parlez avec prudence et le moins que vous pourrez; ils vous diront mille choses, non pour les dire, mais pour voir s'ils ne pourront rien tirer de vous. Les déboires sont inévitables ; mais il faut en passer par
1 « Demas desto Vuestra Magestad sepa que yo hé pasado mis tragos amargos en las estaciones y passos que hé dicho, y diré lo demas aora. » (3 avril 4578. Perez au roi. Ms. de la Haye, toi. 81, 86. — Voir, à l'Appendix H, cette longue et étrange lettre, toute chargée en marge des notes, des observations et des conseils de Philippe II.)
là, avec toute la dissimulation et l'adresse dont vous serez capable 1 . »
Embarrassé par la présence des meurtriers, qu'il désirait éloigner de Madrid, mais qu'il craignait aussi d'exposer dans ce moment, où la justice était en éveil, a tomber entre les mains des alcades, par une fuite trop précipitée, Perez écrit au roi dans la même lettre : « Mon monde n'est pas parti, parce qu'il se serait livré d'un seul coup dans ce fracas d'arrestations. J'ai ici mes trois hommes et celui qui a fait le coup. L'autre est a Alcala, où il est entretenu a mes frais... Je suis résolu a ce qu'ils se tiennent tous coi, et j'ai l'intention de les faire partir séparément, chargés de quelque dépêche, parce qu'on dit que leurs pas sont comptés*. » Le roi l'approuve et lui répond : « Vous avez fort bien fait de ne pas laisser partir vos gens. Le meilleur est, à mon avis, qu'ils ne bougent pas pour le moment, tandis que vous aurez les yeux au guet, comme vous les avez; je ne crois pas que vous deviez les expédier a présent avec des dépêches; il faut, je le répète, qu'ils se tiennent tranquilles pour la raison
1 « Muy bien respondistes y ablad con rrecato, que os diran cion cosas, no por deciroslas, sino por ver si os pueden sacar algo. » (Apostille du roi. Ms. de la Haye, fol. 81, 86.)
* « Mi xente no sehaydo porque fuera perdida por cl mismo casso con cl fracasso que ay de tomar cuantos salen... eslan aqui los très
criados mios y cl que hicô* cl lance yo le hice bolber a
Alcala y esta alli enlretenido... y estoy rresuelto que seslen quedos, y voy pensando en enbiarlos con aljjun despacho cada uno, porque diz que ay gran cuenta en los pasos. » (3 avril 1578. Perez au roi. Ihid.)