CHAPITRE
n avez rien a craindre. D'autres ont beau changer, croyez que je ne changerai pas. Si vous m'avez étudié sous ce rapport, vous aurez reconnu, j'en suis sûr, que je ne suis pas changeant l . » Etun peu plus tard, lorsque Perez lui annonçait, avec une affliction mêlée de crainte, la mort du marquis de los Vêlez qu'il venait d'apprendre, le roi lui répondait : «Vous et moi nous perdons beaucoup; mais j'espère pourtant que c'est vous qui perdez le moins, parce que je ne vous manquerai jamais. Pour cela, vous pouvez en être certain. Tenez donc ferme contre ce regret et cette douleur, vous le pouvez bien, puisque vous m'avez, moi*. » Mais Philippe II ne faisait rien pour le tirer de cette dangereuse position. Perez, qui le croyait faible, et peut-être perfide, lui adressait l'expression de ses angoisses. « Cette affaire, lui écrivait-il, me donne journellement mille soucis qui briseraient une pierre s . Votre Majesté peut me faire coiffer du bonnet de criminel, car je suis sûr qu'en
que no le faltaria jamas, pidiendo le cl rcy que no le dexasc. » [Madones, p. 16.)
1 a Mientras me diere vida no ay de que temer, pues, aunque sse muden otros, cred que yo no me mudaré, y si bien abeis mirado esto en mi, creo abreis visto no soy mudablc. » (Avril 1579. Le roi à Perez, ms. delà Haye, fol. 50, 51 .)
4 « Lo siento muebo por vos y por mi, que pierdo mucho, y espero que vos no tanto, porque yo no os faltaré y desto estad seguro, y tened buen animo deste dolor y pena, que bien podeis pues me tcneis â mi.» (4 mai 1579. Dans un billet de Perez au roi. Ms. de la Haye, fol. 51, 53.)
5 a Desto me vienen cada dia mill pesadumbres que cansarian â una piedra. » [Madones, p. 10.)
tout ceci c'est moi qui payerai pour le tout 1 . » Philippe Il lui répondait avec une familiarité affectueuse : « Il faut que vous ne soyez pas aujourd'hui dans votre bon sens; ne croyez rien de ce que vous me dites là*. » Perez, malgré ces assurances, prévoyait le sort qui lui était réservé ; il insistait auprès du roi et lui écrivait : « Je crains, sire, qu'au moment où je m'y attendrai le moins, mes ennemis ne me poignardent, ou que, prenant Votre Majesté au dépourvu et comptant sur sa mansuétude et sa facilité, mes envieux n'en viennent a leurs lins ; je parle ainsi à l'occasion de ce qui se passe, parce que je sais que mes ennemis ne se donnent aucun repos 3 . » Le roi répondit en marge de ce billet : « Je vous ai déjà dit qu'il fallait que vous ne fussiez pas dans votre bon sens; ils ont beau ne pas se donner de relâche, croyez bien que ce sera en pure perte \ »
Perez aurait voulu le croire, mais il connaissait trop son maître pour cela. Aussi lui demanda-t-il la permission de quitter son service pour soustraire sa
1 a Vueslra Mageslad me mande encorozar, que yo creo fjue en esto para ré en pago de todo. » [Relaciones, p. 17.)
• « No deve de rcynar boy muy buen liumor : y no crcays lo que aqui dezis. \> (Ibid.)
s a Temo, seîior, que, quando no me cale, me han de abrir un costado mis enemigos, y que, tomando â Vuestra Magestad descuydado, y à su mausedumbre ygual â lodo, y liados en su sulïrimienlo, ban de obrar la invidia, y digoesto con esta ocasion, jwr que se que no paran. » [Ibid., p. 17, 18.)
* « Por lo demas que aqui dezis, dixé en esse otro papel, que no deveys de estar de buen bumor, y aun que ellos no paren, creed que no les valdra. » (Ibid., p. 18.)