CHAPITRE
cardinal Granvelle, l'un des hommes d'État les plus habiles de son temps. Fils du chancelier de Charles- Quint, membre du conseil d'État d' Espagne et le plus ancien après le duc d'Albe, principal ministre de Philippe II dans les Pays-Bas jusqu'en 1564, époque où il s'était retiré, devant la haine de Flamands, de Bruxelles a Besançon, nommé ensuite vice-roi de Naples, le cardinal Granvelle était alors a la cour de Rome. Le roi catholique lui écrivit la lettre suivante : « Très-révérend père en Christ, cardinal Granvelle, notre très-cher et bon ami..., quoique j'aie toujours désiré vous avoir auprès de moi, à cause du grand cas que je fais de votre personne et de l'assistance utile que vous m'auriez prêtée dans certaines affaires, les circonstances ont été telles, que je n'ai pu faire ce que je souhaitais tant. Mais, aujourd'hui que ces circonstances sont changées et que j'ai encore plus besoin de vous et de votre aide pour conduire et soigner des affaires auxquelles vous saurez appliquer votre prudence et votre expérience, j'ai résolu, par suite de la conliance que j'ai en vous, ainsi que de l'affection et du zèle avec lesquels vous m'avez toujours servi, de vous charger de ce travail auprès de ma personne. Je vous prie donc et vous prescris de vous disposer, sans aucun délai, à partir pour Gênes, où je verrais avec plaisir que vous pussiez joindre les galères de Jean André (Doria) avant le changement de la saison, parce que je désire votre prompte venue et que j'en ai besoin ! .
1 a ... Vicndo agora que no embraçan las ocasiones como hasta aqui,
Je vous demande aussi, et je vous en saurai un grand gré, de répondre avec la plus extrême diligence a cette lettre, et de m'informer de votre départ. » Philippe II avait ajouté de sa propre main, comme pour mieux faire connaître l'impatience de son désir : Plus vous arriverez vite, et plus je m'en réjouirai 1 .
Cette lettre, écrite de Madrid le 30 mars, un an juste après la mort d'Escovedo, était contre-signée par Antonio Perez. En la recevant, le cardinal Granvelle fut surpris et presque alarmé de ce retour de faveur. 11 avait soixante-deux ans, et il craignait, à son âge 8 , de quitter le séjour de Rome, où il goûtait avec dignité le repos dans les affaires, pour aller a
y que yo lengo mas neccsidad de vuestra persona y de que me ayudeys al Irabajo y cuydado de los negocios, pues lo sabreys tambien hazcr con vuestra prudeneia y experiencia, me hc resuclto, por la confiança que bago de vos y del amor y zelo conque sicmprc me avcys servido, de Uamaros y encargaros que tomays este Irabajo por mi sorvicio, y asi os ruego y encargo mucho que, sin ninguna dilaeion, os dispongais luego y partais para Genua, porquc liolgaria, mucho que alcança<edcs las galeras de Juan Andréa, y que no os tomase ay cl liempo de la mutacion del ayre, porque yo desco y hc menester mucho vuestra buena venida. » (Celte lettre, encore inédite, paraîtra dans le XI" volume de la Collection des papiers de Granvelle, dans le grand recueil des Documents inédits publiés par le ministère de l'instruction publique.)
1 « Quanto mas presto esto fuerc, tanto mas holgaré dello. »
* Il écrivait de Rome, le 1" mai, à son ami et compatriote le prieur de Belle-Fontaine, en Franche-Comté : « Et m'a pris ce commandement bien à l'impourvue; car je ne pensoye rien moins que de voyaijrer maintenant, n'estant mon eaige de soixante-deux ans pour faire si long voyaige, ni pour porter la penne requise pour le conseil d' Estât » (Cette lettre, ainsi que les suivantes, feront partie du même
volume XI.)