‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 63 sur 191 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

traire. Malgré ces attentions et ces espérances, Perez ne résista point a un tel changement de fortune. La perte de la faveur, une captivité humiliante, une vengeance impossihle, tous les ennuis de l'inaction, accablèrent son âme orgueilleuse et ardente. 11 tomba malade. Philippe II permit alors de le transporter de la maison de l'alcade Garcia de Toledo dans la sienne 1 , où, six jours après, le capitaine de ses gardes, don Rodrigo Manuel, vint de sa part exiger de Perez rengagement formel de renoncer a toute inimitié avec Matheo Vasquez, et de ne lui faire jamais aucun mal ni par lui ni par ses parents ou par ses amis. Perez le promit 8 . La cause de la détention n'existant plus, il semblait que la détention dût cesser. 11 en aurait été ainsi sans doute, si Philippe II n'avait eu que ce grief contre Perez, comme il affectait de le dire. Mais il nourrissait d'autres ressentiments, et avait d'autres desseins, dont il sut ménager l'exécution. Perez fut retenu huit mois dans sa propre maison sous bonne garde. Après ces huit mois, la garde fut supprimée. Perez eut la permission de sortir pour se promener et aller a la messe. Il put aussi recevoir des visites, mais il ne dut pas en faire 3 .

1 « De casa del alcalde de corle le llevaron â su posada por aver caydo malo. » (Reîaciones, p. 38, et Proceso, ms.) * Reîaciones, p. 57, 38.

3 « Estuvô Antonio Perez en su casa preso seys o ocho meses con guardas. Al cabo dellos le fueron quitadas, y quedô con libertad de Salir â missa, y passearsc, y de scr visitado, pero con que cl no visitasse â nadie. » (Ibid., p. 39, et Proceso, nis.)

Ce fut sur ces entrefaites que Philippe II se rendit, dans l'été de 1580, en Portugal, pour s'emparer de ce royaume. Le dernier descendant mâle légitime de la dynastie bourguignonne qui avait fondé la monarchie portugaise, le cardinal-roi Henri, était mort depuis quelques mois, et Philippe II s'était présenté comme son successeur légal, par sa mère Isabelle, sœur du roi Henri et fille aînée du roi Emmanuel le Grand. Il avait pour compétiteur un fils naturel de l'infant don Louis, le prieur don Antonio de Crato, qui s'était fait déjk proclamer roi, et que le duc d'AIbe, à la tête d'une armée espagnole, battit à Alcantara et chassa du Portugal. Pendant que Philippe II soumettait ce royaume et réunissait toute la Péninsule sous sa main, Perez ne négligeait rien pour recouvrer son entière liberté et son ancienne position. Il avait envoyé successivement auprès de lui, dans ce but, un grave religieux nommé le père Rengipho 1 et sa propre femme, dona Juana Coëllo, bien qu'elle fut grosse de huit mois*. Mais Philippe II persista dans la conduite équivoque qu'il avait adoptée à son égard. En apprenant que doua Juana Coëllo approchait de Lisbonne, il ordonna a l'alcade Tejada d'aller l'arrêter. Celui-ci exécuta son ordre avec rigueur, en plein jour, entre Aldea Gallega et Lisbonne, en présence de beaucoup de per-

1 « Embio â un grave religioso (el padre Rengipho) a Lisboa a saber del rey que mandava, y a perdirle que lomasse alguna resolucion. » [Relaciones, p. 39.)

* « Fue presa en medio de la prefiada de 8 nieses. t> (ibid., p. 40.)

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sonnes, el la femme de Perez en fut si bouleversée, qu'elle fît une fausse couche 1 . L'alcade, après l'avoir interrogée, vint apporter ses réponses au roi, qui, par une nouvelle contradiction, les mit au feu sans les lire, et les laissa brûler en présence de l'alcade stupéfait, auquel il ne dit pas uue parole, et qui conserva de cette scèue singulière une espèce de saisissement nerveux et de terreur silencieuse*. Philippe Il lit inviter dona Juana Goëllo par le père Rengipho à s'en retourner chez elle, en lui affirmant, sur sa parole de roi et de chevalier, que, dès son arrivée a Madrid, il ordonnerait d'expédier l'affaire de son mari 3 .

Pendant qu'il était en Portugal, le président du conseil de Castille, don Antonio Pazos, lui écrivait de Madrid pour lui rendre compte assez fréquemment de ce que faisaient les deux prisonniers. La princesse d'Eboli avait été traitée avec beaucoup de rigueur 4 dans la forteresse de Pinto. La captivité et les mau-

1 « Mal parié alli en la mai con el alborolo, y atliccion de lal rigor. » (Relaciones, p. 40.)

* « El rcy, en lugar de las gracias que el alcalde esperava, toraô el pioceso, y sin bolver el roslro al alcalde le ech6 en el fuego, y le* dexô quemar sin dezirle palabra... y aun aùadia al alcalde que de alli le quedava un espanto y un enmudescimiento para no alreverse a hablar ni â tomar lino en Jas cosas de Antonio Perez. » [Ibid.)

5 Ibid., p. 41.

* Le 13 janvier 1580, Saint-Gouard écrit à Villeroy : « Antonio Peiez est guéri et est toujours en sa maison avecques gardes sans quil ait liberté de parler à personne, ne estre visité. Toutesfois la commune opyr.ion est que ses afaires se porteront bien, et sil vient à estre ainsi, set action donnera assez à entendre qu'il y a gens plus de CR- IS

vais traitements avaient altéré sa santé. Elle tomba gravement malade dans les premiers jours de janvier 1581 l . Le danger que courut sa vie et l'intervention de sa noble et puissante parenté ne permirent plus a Philippe 11 de la détenir aussi durement. Vers la (in de février, il consentit a ce qu'elle fût transportée dans sa terre de Pastrana, où elle dut demeurer en exil, et où elle mourut le 2 février 1592 *. Le reste de sa vie fut triste. Philippe H ne lui accorda point l'autorisation d'y recevoir des visites et lui ôta l'administration de ses biens 8 . Son propre fils, le duc de Pastrana, irrité de ses rapports avec Antonio Pe-

priche que de raison. La princesse dEvoli est toujours en même étal, observée et traitée avec toute la rigueur possible. Le duc d'Albe est toujours en son destierre (exil) sans quil se parle de lui moins que sil fût mort il y a dis ans en Flandres. » (Bibliothèque royale, Saint- Germain-Harlav, vol. DCCXCIV.)

1 a Y me hablo y dijo que la princesa quedaba muy mala, sangrada cinco veces, .y con peligro, segun los médicos decian, y que cl aposento es poco abrigado. » (19 janvier 1581. Pazos à Philippe II. Aichivo gênerai de Simancas, Patronato ecclesinslico, leg. 12.)

* D'après une enquête qui eut lieu en 1592, et qui avait pour but de faire passer les biens et les titres de la princesse sur la tête de son lils, il résulte de témoignages unanimes a qu'elle est morte le 2 février 1592 dans la ville de Pastrana. » (Archivo de Simancas , Contadurias de Mercedes, n" 401.)

5 « En lo que toca â escribirle y visitarlc no ha Vuestra Mageslad mandado cosa alguna. » (6 mars 1581. Pazos à Philippe II. Arcb, Sim., Pair, ceci., leg. 12.) — Le roi mit à la marge d'une lettre de Pazos du 4 novembre 1581 : « Y bien sospecho, segun lo que oyo, que bu de ser fuerza senalar persona que govierne la casa de la princesa de Eboli y la hacienda ; en que sera* bien que penscis para avisarme lo que os pareccrâ y conviene, y en que forma se podria ordenar. » tlbid.)

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