‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 65 sur 191 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mériter qu'on lui coupe la tête, il y a des juges qui pourront et sauront le faire. Je n'ai point de conseil a donner sur ce point ; mais, s'il n'est pas aussi coupable, lui rendre la liberté et lui accorder pleine amnistie, ce serait mettre un terme a toute chose. A un homme aussi déchu que lui tout le monde vient s'attaquer. Il est en butte aux soupçons, et Ton exagère même les fautes dont il est innocent. D'ailleurs, en lui traçant la conduite qu'il doit tenir et la vie qu'il doit mener, on aura le droit de lui remettre la main dessus à la première récidive 1 . » Le roi, laissant entrevoir son animosité et l'impuissance où il était de la satisfaire autrement, lui répondit en des termes couverts et péremptoires : « Si l'affaire était de nature a permettre qu'on procédât par jugement public, on l'aurait fait dès le premier jour : or, comme il n'y a pas moyen de faire plus qu'on n'a fait, il n'y a pas lieu de suivre pour le moment une autre marche*. »

Il se plaignait en même temps de ce que Perez se livrait au jeu dans sa maison et de ce qu'il en sor-

1 « Si Ant. Perez ha deservido a Vuestra Magestad tan gravemcnte que merezca se le corte la eabeça, jueces liay que lo podran y sabran liacer. Qu5 en ello no puedo yo dar consejo, y si no ha pecado tanto, condarle libertad y buena licencia podrian acabarse estas cosas.... Y con avisarle de lo que ha de hacer y como ha de vivir, si no lo guardase, à la recaida cargarle la mano. » (Arch. de Sim., Pair, eccl., leg. 12.)

1 « Si el negocio fuera de calidad que sufriera procedersc en el por juicio publico, desde el primer dia se hubiera hecho, y asi, pues no se puede hacer mas de lo que se hacc, vos podriades hablar â su muger y decirlc que se sosiegue por que no se puede hacer otra cosa por agora. » [Ibid.)

tait accompagné de vingt-six pages, dont plusieurs étaient armés d'épées, et qui, avec d'autres personnes encore, l'entouraient comme une garde 1 . Perez, en effet, malgré les avertissements de la mauvaise fortune, n'avait pas su se conduire avec une modestie et une prudence conformes à sa position. Bien qu'à demi prisonnier et à demi libre, on l'accusa de mener le même genre de vie qu'auparavant. A en croire certains témoignages, il fit des dépenses excessives; il eut pendant l'hiver de 1581 une loge tapissée au théâtre 8 . Il joua chez lui avec l amirante de Castille, le marquis d'Aunon, don Antonio de la Cerda, Octavien Gonzaga et d'autres seigneurs de la cour, si gros jeu, que la première manche était de quatre doublons d'enjeu et de vingt doublons de gain 5 . Aussi, malgré les attestations contraires d'Antonio Pazos, qui assurait au roi que

1 Philippe II met à la marge de la lettre de Pazos du 4 nov. 1581 : « Ilaviendo mirado en lo que aqui decis y Jo que pasa en estas cosas, no lie dejado de sospcchar si ticnen algo o todo de invencion de las que se usan en el mundo, y para con vos no inc la quita lo que acâ se dice, que ha salido ay Antonio Pcrcz con 2b' pages, y algunos con espadas, y otras personas que van cerca del como que le guardan : no se lo cierto, pero si lo fuese, mejor séria que no saliese y que no Incluse estas demostraciones ; vos sabreis si es asi, 6 no, Cbn sccreto, para yr en esto con el cuidado y tiento que conviene. » (Archivo de Sim., Patr. cccles., leg. 42.)

* « Y que todo cl invierno passado de 1581, tub6 un aposento en las comedias aderezado con tapiccs y sillas que le costaba cadadia Ireinla reaies. » (Proceso, ms., déposition de Solis.)

1 « Y tambien refiriô el gran juego que ténia en su casa que era h la primera de veinte dobloncs de saca y quatro de posta, y que los que alli jus:ahan eran el almirante de Castilla, el marques d'Aunon.

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