CHAPITRE IV
serait agir contre sa conscience, surtout quand beaucoup d'innocents seraient compromis par là ; que déclarer ce que le roi voulait laisser secret ne serait pas prendre un sage parti ; qu'enfin le mieux, à tous égards, serait de s'entendre et de s'arranger avec Escovedo 1 . »
Escovedo devait en être d'autant moins éloigné, qu'il n'avait pas pu, en onze années, prouver péremptoirement le crime de Perez, et que, s'il ne parvenait a le faire condamner, il était exposé luimême à une condamnation rigoureuse. 11 avait reçu mystérieusement la lettre suivante, que lui avait adressée, sans doute, son habile adversaire : « Comme je sais que, quand même je dirais ici mon nom, vous ne me connaissez pas, il est inutile que je l'y mette. Il suflit que vous sachiez que je suis votre ami, et, comme tel, je vous dirai de ne pas vous donner l'ennui de poursuivre l'affaire relative à votre père, parce que vous n'y gagneriez rien, et, si vous n'aviez été aveugle, vous auriez pu voir que le roi ne goûte pas votre poursuite, puisque c'est a cause de cela qu'il vous a ôté votre charge ; et plaise à Dieu qu'il ne vous arrive pas, si vous passez outre, la même chose qu'a votre père! J'accomplis en ceci
1 « Que contlenarsc en un caso lan grave, era contra su con-
sciencia, y mas siendo en dano de tanlos innocentes, y que deelarar lo que su rey le mandava callar no séria sano consejo... y que para fodo séria mejor que el se concertasse con Escovedo. » (Relaciones. p 69, 70.)
mon devoir d'ami; que Dieu vous dessille les yeux! Votre ami dévoué qui sait ce qu'il dit 1 . »
Ainsi, au moment même où le confesseur suggérait a Ferez, et vraisemblablement au nom du roi, de tout avouer, dans l'intention de le perdre ensuite facilement, puisqu'on le croyait dessaisi des papiers et des lettres qui pouvaient servir a le justifier, Ferez employait le nom du roi pour faire insinuer a Escovedo de renoncer a ses poursuites. C'est à quoi celui-ci consentit, moyennant la somme de vingt mille ducats; il vendit son droit de vengeance*. Le 28 septembre, par-devant le greflier Gaspard Resta, il donna son désistement en règle. Il requit de Rodrigo Vasquez, ainsi que des alcades . de cour et de tous autres justiciers, qu'ils cessassent de connaître de cette cause, et qu'ils missent Perez et Martinez en liberté, déclarant qu'il leur pardonnait, pour remplir son devoir envers Dieu et terminer entre eux tout différend, en ayant été prié par de graves personnages 3 . Ces graves personnages
1 « Porque si; que, aunque diga mi nombre, no me conoce, no abri que ponerle aqui, solo entieuda que soi su amigo, y como ta! le digo que no se cansc en seguir el negocio de su padre, porque no se lia de haeer Dada; y sino estubicra ciego, bien lo podia avcr erbado de veer que no gusta el rey que lo siga : pues por esso le lia quitado el oflicio, y aun plcguc à Dios no le succda lo que a su padre, si passa adelante t on su porfia : y eon eslo cumplo con la amistad que le debo. Dios le abra los ojos, y la guarde. Su mayor amigo, quien sabe. » (Proreso, ms.)
2 « Se concierto Antonio Perez eon Pedro Kscovedo en xx mill dncados. » [Rclaciones, p 74.)
s La escritura de apartamiento se otorgô" en 28 de seliembre de 1589 anle el diebo Gaspar Resta escribano. y fue eon todas sus fuerzas