CHAPITRE PREMIER i
aussi absolue et le catholicisme aussi exclusif dans les Pays-Bas qu'eu Espagne.
Tout sembla réussir d'abord comme il l'avait espéré. Le duc d'Albe, parvenu en Flandre, distribua ses soldats espagnols, italiens, allemands, dans les villes qu'il désarma et qu'il contint par des citadelles. 11 prit et fit décapiter les comtes d'Egmont et de Hornes, qui, moins prudents que le prince d'Orange, l'avaient attendu en se reposant sur leurs services et leur innocence. Il érigea ce fameux conseil des troubles qui proscrivit les hommes les plus importants de la noblesse et de la bourgeoisie, et couvrit de sang les dix-sept provinces; il rétablit les placards, releva l'inquisition, exigea des impôts excessifs et arbitraires, et battit les troupes que les fugitifs des Pays-Ras, a la tête desquels se trouvaient le prince d'Orange et son frère, le comte Ludovic de Nassau, avaient levées en Allemagne, pour marcher au secours de leurs compatriotes opprimés. Dictateur violent, juge impitoyable, général victorieux, il avait gouverné, puni, combattu au gré 1 du maître
Monseigneur, usant de rigueur, il est impossible que le bon ne souffre avec le mauvais, et qu'il ne s'ensuive une calamité et «lestruclion de lout cestuy Estât dont Votre Majesté peut entendre la conséquence, et pour le lieu que je tiens que je luy ay encores ceste fois voulu représenter par avant mon parlement pour en faire comme elle trouvera mieux convenir. » (22 novembre 1567. La duchesse de Parme à Philippe II. Arch. imp. et roy. de Vienne.)
* Voici ce qu'écrivait l'ambassadeur de France à Madrid : a Aussi le courrier qui a apporté la nouvelle de l'exécution «les comtes d'Aiçuemont et de Hornes est allé à l'Escurial. Us se reconfortent ici, louchant la perte de Harenberg et des siens, que le comte de Meghen
vindicatif et impérieux qui l'avait envoyé. Tout paraissait soumis ou brisé. Mais bientôt le désespoir même ranima les courages, et le signal d'une résistance opiniâtre fut donné par ces deux provinces qu'enveloppaient l'Escaut, la Meuse et le Rhin, et qui, plongées dans la mer, étaient plus a l'abri des efforts du duc d'Albe et pouvaient opposer les hardis matelots de la Hollande et de la Zélande aux soldats espagnols. La prise de la Brielle et de Flessingue, en avril 1572, par ces héroïques rebelles, qu'on appela les Gueux de mer, amena le soulèvement d'un grand nombre d'autres villes, et fit éclater la fureur et l'impuissance du duc d'Albe, qui, après avoir saccagé Naarden et Harlem, vint échouer devant Alkmaër. Elle conduisit, dans la même année, à l'organisation indépendante et a la réformation religieuse de la Hollande et de la Zélande, devenues, sous le gouvernement du prince d'Orange, le noyau de la future république des Provinces-Unies. Telle fut l'issue de l'administration du duc d'Albe, rappelé des Pays-Bas, a la fin de 1573, sans avoir réussi, bien qu'il y fût investi d'une autorité sans limite, et qu'il y commandât une armée de cinquante-quatre mille hommes, dont l'emploi permanent était au-dessus des ressources financières de l'Espagne. Phi-
alioit poursuivant les ennemis pour avoir la revanche, dont ils espèrent avoir bonne nouvelle, mesme que le duc d'Albe doit marcher avec grandes forces au pays de Frise, où cela s'est fait et au regard des exécutez, ils ne sont regrettez ni plaints aucunement. » (25 juin 45G8. Forquevaux à la royne (Catherine de Médicis). Ambassade de Forquevaulx, BiH. roy., supp. fr.,225, t I, p.