‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 9 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lippe II lui donna pour successeur le grand commandeur de Caslille, don LuisRequesens deZuniga, qui avait sagement administré le duché de Milan.

Requesens ne reçut pas les mêmes instructions que le duc d'Albe. Les rigueurs ayant échoué, Philippe II avait jugé nécessaire de recourir aux moyens de conciliation. Le nouveau gouverneur, après avoir un peu calmé par sa modération les quinze provinces soumises et avoir cherché vainement à se rendre maître des deux provinces insurgées, entra en négociation avec celles-ci, dans les conférences de Breda, ouvertes en mars 4575, a l'instigation de l'empereur Maximilien II. La Hollande et la Zélande, qui avaient combattu la tyrannie du roi d'Espagne sans contester encore sa souveraineté, offrirent de se soumettre a lui, s'il leur accordait le libre exercice de leurs croyances religieuses, et leur laissait pour gouverneur le prince d'Orange, avec pouvoir de confirmer tous les magistrats des villes et de convoquer à son gré les États provinciaux ; et s'il concédait au reste des Pays-Bas le départ des troupes espagnoles, la démolition des citadelles qu'elles appelaient des nids de tyrans, le renvoi des jésuites, la déposition des nouveaux évêques, l'abolition de l'inquisition, la suppression des placards, la liberté de conscience à défaut delà liberté de religion, et la réunion des États généraux.

De pareilles conditions ne pouvaient pas être acceptées par un prince aussi attaché à l'autorité royale et aussi dévoué à la foi catholique que Tétait Piii-

lippe II. Cependant il ne fut pas éloigné de se relâcher sur la question d'autorité; mais il demeura inflexible sur le maintien exclusif du catholicisme. Il offrit de restituer les privilèges et les droits existant avant les troubles, d'annuler toutes les sentences de bannissement et de confiscation prononcées par le duc d'Albe, d'accorder à ceux qui ne voulaient pas vivre catholiquement dans les Pays-Bas la faculté d'en sortir, et le temps de vendre leurs biens, et il laissa espérer le renvoi des soldats espagnols et la convocation des États généraux, aussitôt que la paix serait faite. On était trop loin de compte pour s'entendre. Les conférences de Breda furent rompues. La force redevint le seul moyen de soumettre les deux provinces qui persistaient dans leur soulèvement. Bequesens les attaqua du côté de la mer. Mais ses efforts, bien qu'habilement dirigés, ne purent triompher ni des obstacles des lieux, ni de la résistance opiniâtre des insurgés, et il mourut sans avoir rien fait, au printemps de 1576.

L'insurrection s'étendit alors de la Hollande et de la Zélande aux quinze autres provinces, en y prenant un caractère nouveau. Les soldats espagnols, qui s'étaient déjà mutinés du vivant de Bequesens, parce que le payement de leur solde était arriéré de trente mois, se soulevèrent d'une manière plus grave après sa mort. Le défaut de paye causé par l'épuisement des finances de Philippe H et la faiblesse de l'autorité, exercée en l'absence d'un gouverneur parle conseil d'État de Bruxelles, les entraînèrent a d'intolérables

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