‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 87 sur 191 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« Mais qu'on ne s'y trompe pas, Ta où on les met, de pareils captifs ont pour eux les deux avocats les plus puissants de toute la terre, leur innocence et leur malheur 1 . 11 n'y a pas de Cicéron ni de Démosthènes qui pénètrent plus avant dans les oreilles, qui remuent plus profondément les esprits, que ces deux défenseurs, parce que, entre autres privilèges, Dieu leur a donné celui d'être toujours la, présents, pour crier justice, pour se servir de témoins et d'avocats l'un et l'autre, et pour mettre lin a un des procès que Dieu juge seul en ce monde*; c'est ce qui arrivera dans le cas actuel, si la justice des hommes fait trop longtemps défaut. Et que les débiteurs de Dieu ne se fient pas trop sur le délai de son jugement; le terme fatal a beau tarder en apparence, il approche peu a peu, et la dette a payer se grossit des intérêts qui s'y ajoutent jusqu'au jour du jugement du ciel 8 . »

Les poursuites contre Perez furent promptement reprises et continuées jusqu'au bout avec acharnement. A peine était-il a Calatayud depuis dix heures, que Tordre arriva de le saisir mort ou vif avant qu'il

* « . ... Captivos tienen los dos mas fuertes solicitadores de toda la naluraleza int'erior, la innocencia y cl agravio.» (Relaciones, p. 96, 97.)

* « Torque de mas de otros privilcgios les ha dado Dios uno, que liagan compaiiia para la demanda de su justieia, y que sean testigos y advoprados el uno dcl otro, y que puedan corlar un proceso de los que el juzga en esle sijrlo. » [Ibid., p. 97.)

3 « Y no se fien los deudorcs en la dilacion, que aunque tarda al parescer, camina sieinprc el plazo, y quanto tarda cresce la deuda cou les interesses del castigo del cielo. » [Ibid.)

passât l'Èbre 1 . Cet ordre, que Philippe II ne put donner que le lendemain de la fuite, arriva trop tard. Perez s'était déjà jeté, avec son compagnon Mayorini, dans le couvent des dominicains dédié à saint Pierre martyr, comme dans un asile sûr 8 . C'est là que don Manuel Zapata, gentilhomme de Calatayud, dont la famille était depuis longtemps en inimitié 8 avec celle de Perez, vint, au nom du roi, le déclarer prisonnier*.

C'en était fait de Perez si le liscal de Philippe II en Aragon s'emparait de sa personne pour le traduire devant l'audience ou justice royale. Afin d'éviter ce danger, Gil de Mesa était allé en toute hâte à Saragosse, où il avait invoqué pour Perez et pour Mayorini le privilège des manifestados, privilège qui, conformément aux fueros, devait les soumettre au tribunal suprême du grand justicier d'Aragon 8 . Aussi, pendant que le lieutenant du gouverneur de l'Aragon, accouru à Calatayud, essayait de tirer les prisonniers du monastère pour les conduire devant

« a Que bivo 6 muerto le buviesc à* las manos antes que passasc a Hcbro. » [Relaciones. p. 97.)

* Jbid., p. 106. — Antonio Herrera, Historia gênerai, in-foL, Madrid, 1012, lib. VIII, cap. xvi, fol. 278, col. 2. — Proceso, ms.

5 Information de los sucesos del reino de Aragon, en los afws de 1590 y 1591 escrita por Lupercio Leonardo de Argensola, cap. xxvin, v. 74. — Madrid, en la imprenta real, afio dé 1808.

* <( Y don Manuel Zapata, cavallero de Calatayud, gentilbombrc de . la boca del rey, hizo fuerça en que le sacassen del monasterio. » (Herrera, Historia gênerai, lib VIII, cap. xvi, fol. 278, col. 2.)

5 « Gil de Mesa fue en jjran diligencia i Zarap;oça a manifestai* con el Mayorini en el tribunal del justicia. » (/6iV/.)

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