CHAPITRE VI
à l'inquisition avant d'avoir vu juridiquement si le pacte fait entre le royaume et le saint-office, au moment où celui-ci avait été établi en Aragon, ne s'y opposait pas, pacte qu'on pourrait envoyer chercher à ses frais a Rome, si on ne le retrouvait pas a Saragosse, et avant d'avoir vérifié l'acte des cortès de 1585, qui plaçait sub judice toute atteinte portée par l'inquisition aux fueros ou aux personnes des particuliers : « Je le demande, disait-il, sous toutes les formes les meilleures, de toutes les meilleures manières que je puis le demander selon le fuero et selon le droit ; je le demande au nom de mes malheurs non mérités, qui sont, après Dieu et les hommes, les meilleurs titres, les meilleurs intercesseurs que je puisse présenter; je le demande au nom du ciel et de la justice divine ; je le demande au nom de ce royaume tout entier, qui souffre en moi et pour moi 1 . »
Mais le justicia mayor et ses assesseurs restèrent sourds aux requêtes suppliantes de Perez. Leur parti était pris ; ils préparaient tout pour le transférer sans trouble et sans risque a l'Aljaferia. Voyant alors que tout espoir était perdu, Perez ne songea plus qu'à s'évader de la prison des Manifestados comme il s'était évadé, un an et demi auparavant, de la pri-
1 « Y pidolo en todas aquellas mejores formas y maneras que de fuero y de derecho lo puedo pedir, y pidolo en nombre de mis agravios que son, despues del cielo y de las gentes, los meritos y médianeros que puedo présentai* ; pidolo en nombre del cielo y de la justicia divina, y pidolo en nombre de todo este reyno que en my y por my padeze todo. » (Collection Llor en te, vol. XVII, t. X, fol. 5.)
son de Madrid. Il concerta ce projet avec Gil de Me sa, don Martin de la Nuza, Thomas de Rueda, Christoval Frontin, Francisco de Ayerbe, Dyonisio Perez de San Juan, et Juan de Aynsa, qui lui étaient restés fidèlement attachés. A l'aide d une lime qu'ils lui procurèrent, il scia la grille de fer de sa fenêtre. 11 y travailla trois nuits. Encore une nuit, et les barreaux de la prison tombaient pour lui offrir passage. Il était tout près de redevenir libre et il s'en croyait déjà sûr, lorsque le perfide Juan de Basante, qui savait tout par Perez même, en instruisit les pères Arbiol, Roman, Escriva et Garces, de la compagnie de Jésus, qui l'engagèrent k en donner avis aux inquisiteurs 1 . Ceux-ci en informèrent le justicia mayor, qui vint surprendre Perez au milieu de ses préparatifs d'évasion, et le fit enfermer plus étroitement dans une autre partie de la prison 8 . Cette tentative de fuite ayant échoué, Perez restait
1 « Y no teniendo esperança de remedio, tratâ con sus amigos y valedores que fueron Gil de Mesa, don Martin de la Nuza, Thomas de Rueda, Christoval Frontin, Francisco de Ayerbe, Dyonisio Perez de San Juan y Juan de Aynsa, de escaparse de h carcel. Y aviendo intentado varios medios, al fin vinieron à dar en uno, a su parecer mas l'acil, que fue limar el hierro de una rexa, por donde â prima noche se escapase. Començôse la obra y llevôse tan adelante, que ya no faltava un canto de cuchillo para acabarla... Acudi a los padres de h compania de Jésus y supplique al padre reclor me oyese dos palabras en confession... Al fin se resolvieron el padre rector Arbiol, el padre Roman, el padre Francisco Escriva y el padre Garces, que yo estavi obligado â dar parte de todo eslo al santo oficio. » (Collection Llorente. roi. XVI, t. VU, fol. 48 et 49, déposition Basante.)
• « Fuerecluydo Antonio Perez y puesto en nuevas estrechuras por esta fraction. » [Ibid., fol. 50 V.)