‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 130 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

le comte de Moraia avait en dernier lieu embrassé avec zèle la cause du roi, après s'être d'abord montré favorable au vœu du peuple, le 24 mai. Sa nomination fut accueillie comme un gage de réconciliation et une marque, de condescendance 1 ; elle rassura une partie de ceux qui étaient sortis de Sara gosse, et qui n'hésitèrent pas k y revenir. Alonzo de Yargas avait déjà écrit au duc de Villahermosa et au comte d'Aranda pour les y rappeler*, et le grand justicier n'avait pas craint d'y rentrer et d'y exercer ses hautes fonctions comme auparavant s .

Les députés et leurs assesseurs, s' appuyant sur les fueros comme s'ils étaient en mesure de les faire respecter, déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas délibérer tant que les troupes étrangères seraient dans le royaume. En même temps ils écrivirent, le 12 décembre, une lettre bien humble au prince des Asturies pour qu'il leur servit de médiateur auprès du roi son père, et qu'il implorât sa clémence en leur faveur : ils le conjurèrent, au nom de tout le royaume, enveloppé dans les fautes d'un bien petit nombre, de les replacer dans la grâce de Philippe II. Ils invoquaient ce bienfait comme un pur témoignage de

* « Los Aragoneses se holgaban de ver que Su Magestad no les queria quebrantar los fueros, pues les embiaba virei natural del reino. » [Proceto, ms.)

* « Deseaba don Alonso de Vargas que la gente que estaba fuera de Zaragoza volviesse a* ella... y asi bacia sus diligencias que eran menester, y escribi6 â los duque y conde de Aranda que viniesen a Zaragoza. a (Argensola, cap. xun, p 135.) /

* Ibid., cap. xliv, p. 136.

sa compassion royale, et ils terminaient leur lettre en disant ; « Nous remettons notre salut en vos mains, et supplions Votre Altesse de ne pas dédaigner d'acquérir sur nous ce nouveau droit. Nous vous appartiendrons désormais par la miséricorde, comme nous vous appartenons déjà par droit et par nature. Que Notre-Seigneur garde la sérénissime personne de Votre Altesse, comme la chrétienté en a besoin 1 . »

Cette lettre ne toucha point Philippe II. Croyant, sans doute, que le moment de dépouiller tout artifice était arrivé, ce prince ne retarda plus l'exécution de ses desseins. Aux ménagements succédèrent tout d'un coup les sévérités, et les négociations s'achevèrent dans les châtiments. Le 18 décembre, don Gomez Velasquez, chevalier de l'ordre de Saint- Jacques et écuyer du prince des Asturies, arriva à Saragosse en qualité de nouveau commissaire royal*. Il y apportait les terribles volontés de son maître. Le lendemain même de son arrivée, et par ses ordres, le capitaine Juan de Velasco, a la tête d'une compagnie de soldats, alla arrêter le grand justicier

1 « Para esto imbia el reino â don Fernando de Aragon A Vuestra Alieça suplicandole dé las manos, paraque en nombre de todo este reino ponga en ellas las esperanzas de nuesiro rcmcdio, no desdeiïandose Vuestra Alieça lener con nosotros este nuevo derecho, pues seremos suyos desde aqui adelante por misericordia, como lo somos por justicia y naturaleza. Guarde Nuestro Sefior la serenissima persona de Vuestra Alteça, como la cristiandad ha men ester. » (Proceso, ms.)

* « A 18 de deciembre, à medio dia, entré en Zaragoça por orden de Su Magestad Gomez V allas quez, cavallero de là orden de Santiago, cavallerizo de Sus Altezas. » (Ibid.)

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