‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 131 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

don Juan de la Nuza , dans le palais même de la dépu talion, au milieu de ses assesseurs, qui restèrent silencieux et terrifiés 1 . En même temps, le duc de Yillahermosa, qui descendait des anciens rois du pays, et le comte d'Aranda, appelés chez le capitaine général Vargas, y furent retenus prisonniers*. Afin de répandre une terreur plus grande da us Sara gosse, on frappa d'abord celui qui représentait en sa personne l'indépendance de l'Aragon et son droit d'insurrection. Bien que don Juan de la Nuza n'eût pas entrepris de combattre l'armée castillane, il fut puni comme s'il avait été hardiment rebelle, ce qui lui aurait peut-être permis de l'être heureusement. On voulut effacer les pouvoirs de la magistrature dans le sang du magistrat. Dès qu'il eut été arrêté, on lui dit de se préparer a mourir. «Et quel est le juge, répondit-il avec trouble, qui a porté la sentence ? — Le roi, » lui répliqua-t-on. Alors il demanda a voir cette sentence, et on lui montra quelques lignes écrites de la main de Philippe II et ainsi conçues : « Vous ferez prendre don Juan de la Nuza, justicier d'Aragon, et vous lui ferez couper la tête. Je veux apprendre sa mort aussitôt que son arrestation . » « Comment donc! dit l'infortuné gentilhomme, personne ne peut méjuger ni me condamner, si ce n'est les cortès tout entières, le roi et le royaume 8 . »

1 Argensola, cap. ïliv, p. 136.

2 Ibid., p. 137. « En la quai se le mandaba prender al duque de Villahermosa, conde de Aranda y al justicia mayor del reino de Aragon. » (Voir aussi les Relaciones, p. 154, 155.)

5 « Le intimaron <jue avia de morir. El justicia con la turbacion

Mais k quoi servait-il au vaincu de rappeler un droit que le vainqueur avait la volonté et le moyen de méconnaître? Don Juan de la Nuza fut conduit en prison et laissé entre les mains des pères de la compagnie de Jésus, pour qu'ils l'assistassent jusqu'au moment de sa mort. Dans la nuit même on dressa un écbafaud sur la place du marché, et, le lendemain au matin, le dernier des grands justiciers indépendants du royaume d'Aragon y monta, vêtu de noir et les fers aux pieds. Après qu'il eut fait sa prière k genoux, le bourreau lui trancha la tête en présence des soldats sous les armes, et sans qu'on vît assister a cette sinistre exécution aucun des habitants de la ville, plongée tout entière dans la consternation et la douleur 1 . Au-dessus de Féchafaud avait été placé un écriteau sur lequel on lisait :

« Telle est la justice que le roi notre seigneur ordonne de faire k ce gentilhomme, pour avoir été

natural dixô : Que como tal? Que quien era el juez de tal sentencia? Le respondieron que el rey mismo. El replico que le mostratsen la sentencia. Le fueron mostrados unos renglones de la mano propria del rey para don Alonzo, que dezian assi : En recibiendo esta, pren~ derey8 à don Juan de la Nuça, justicia de Aragon, y tan presto sepa yo de eu muerte como de su prision, hareysle luego cortar la cabeça... El pobre caballero dixô" : Que como ? que nadie podia ser tu juez ni condenarle sino cor tes enteras, rey y reino. » (Relaciones, p. 459.)

1 a A los 20 de diciembre, i los diez de la manana, estando apercibida y junta mucha génie de cavalleria y infanteria, y tomadas las calles, sacaron, à don Juan de la Nuza, veslido de luto, con unos grillos en los pies, y le metieron en un cocbe, y dentro del los padres y frailes de la compania, que le ayudaban a bien morir. Llevaronle desde las casas de don Juan de Torres, donde estaba preso, hasia la plaza del Mercado donde estaba el cadahalso. Llegados y subidos en e*

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