‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 145 sur 192 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« Madame,

« L'un des contantements que j'ay eu, en mon voyage de Tours, a esté de voir le s r Antonio Perez, avec ma sœur, comme je luy avois mandé me l'amener, l'ayant connu, aux discours qu'il a eus avec moi, personnage non moins capable du lieu qu'il a tenu, que indigne de la persécution qu'il souffre... J'espère me pouvoir prévaloir en mes affaires de l'intelligence et bon entendement qu'il a en celles qui luy sont passées par les mains, et pour cette occasion, je Fay retenu a mon service ; mais estimant, Madame, que vous serez bien aise de le voir et conférer avec luy" j'ai trouvé bon qu'il vous allast baiser les mains, avec ceste occasion du voyage du s r vidasme de Chartres, et l'ay bien voulu accompagner de la présente, afin qu'il vous plaise le favoriser d'aultant plus volontiers de vostre bon accueil et bénigne audience, de laquelle m'asseure qu'il vous laissera toute satisfaction, et que vous enfendrés de luy chose dont vous pourrés vous servir ; vous supliant, après l'avoir ouy, qu'il me vienne retrouver en compagnye dudit s r vidasme, auquel j'ay fort ex* pressément recommandé d'avoir soin de sa personne, pour me le ramener en seureté, qui sera pour l'employer non moins k ce qui touchera vostre service, selon que vous l'y jugerez propre, que au mien, mettant l'un et l'autre en égale considération,

et vostre contentement sur toutes choses. Sur ce, vous baisant humblement les mains, je prie Dieu, Madame, vous avoir en sa très-sainte garde.

« A Chartres, ce xra e mars.

« Vostre plus afectionné frère et serviteur, «Henry 1 . »

Perez se rendit en Angleterre dans l'été de 1593. Au moment où il y arriva, la politique de ce royaume, quoique toujours tournée contre Philippe II, flottait entre les conseils du circonspect Burghley et ceux de l'entreprenant comte d'Essex. Ces deux hommes, si différents d'âge, 4'humeur et de desseins, partageaient la cour, se disputaient le gouvernement de l'État et l'esprit de la reine. Le grand trésorier Cecil, baron de Burghley, avait alors soixante et treize ans. Il y avait plus de quarante ans qu'il était dans les affaires. Sa tête y avait blanchi, et son corps était tellement cassé, qu'on le portait dans une chaise en la présence de la reine 9 . Elisabeth avait en lui une confiance extrême et méritée. Il avait facilité son avènement au trône, et avait, plus

* 29 mars 1595. State paper office, ancien t royal letters, vol. XXII, lettre ccn , autographe.

1 « Le grand trésorier, que Ton porte dans une chaire, est fort vieil et blanc. » [Ambassade de M. Hurault de Maisse en Angleterre vers la royne Elizabeth, ez années 1597 et 1598, ms. des affaires étrangères* foh 245 V.)

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