CHAPITRE VIII
même temps, que la reine Elisabeth, après avoir écrit de sa propre main a M. Edmondes, son ambassadeur ordinaire auprès de lui, qu'il n'était pas nécessaire de réunir des commissaires, mais qu'elle enverrait un ambassadeur pour convenir des points à traiter, avait envoyé cet ambassadeur sans le charger de discuter ces points, et ne proposait plus qu'une simple réunion de commissaires. Il s'en montra fort irrité, et, tout en lui témoignant l'estime qu'il avait pour l'homme qui avait reçu un coup de mousquet à ses côtés, il exprima a Perez le mépris qu'il ressentait pour le ministre chargé de pareilles instructions 1 . « 11 n'est personne de mon conseil qui ne se moque presque de cette ambassade et de moi, ajouta-t-il vivement, et ne pense que je suis moqué... Tout mon conseil croit que ces singulières propositions ne sont que des mots, et n'ont d'autre but que de nous amuser*. — Je ne puis le nier, répondit Perez; mais que faut-il foire? Faut-il se jeter dans le désespoir? Persévérez, et faites voir votre courage , votre résolution * ! — A quoi cela sert-il? dit le roi en l'interrompant, je ne serai pas plus longtemps importun a personne. J'ai assez fait
* Memoirs of queen Elizabeth, t. I, p. 574.
* « You will fmd not one who does not almost laugb at the etnbassy and me, or think that I am laugbed at... My council Ihink the extraordinary proposais were empty words and ralher design'd to «lercive. » (Ibid. f p. 374, 375.)
3 « I cannot deny tfais 1 but what is to bc done? Would it J>e proper to sink into despair? Persévère, and exert your courage and resolution. » (Ibid., p. 375.)
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pour montrer mon courage, assez pour mon honneur, assez pour mes amis et mes alliés, assez pour le monde en général. Je passerais pour un orgueilleux si je ne faisais la part aux circonstances de temps, d'occasions et a un royaume épuisé. Je veux écouter mes conseillers, je veux écouter la nécessité elle-même, de tous les conseillers la meilleure autorité 1 . » Perez, en rendant compte de cette entrevue au gouvernement d'Angleterre, dans une lettre adressée au comte d'Essex, ajouta : « Qui sait? peutêtre avez-vous quelque projet sous main, et, pour complaire a l'Espagnol, pour obtenir quelque avantage considérable, voulez-vous accabler et abandonner ce prince, de manière a lui faire embrasser plus tôt la paix avec l'Espagne'. Les desseins des princes sont de profonds abîmes. » Dans la même lettre, il écrivait que les amis de Philippe II se réjouissaient de ce désaccord : « Car, disait-il, quel est le royaume où ce perturbateur de la nature n'ait semé ses ri-
* « What will lhat signify?... I will be no longer troublesomc io any pcrson. I hâve done enough in respect of fortitudc, enough for my honour, enough for my friends and allies, enough for the world in gênerai, T should be esieemed proud, if [ should not give way lo the circumslances of time, occasion, and an exbausted kingdom. I will hear my councellors ; 1 will hear necessity itself of ail councellors the bighest authority. » (Memoirs of queen Elizabeth, p. 375. Voir en entier, dans le texte original, à l'Appendix K, la curieuse lettre de Perez, dans laquelle il raconte à Essex l'entretien qu'il a eu avec le roi de France.)
* « Quis scit? Forsan vos aliquid machinamini , et, ab Hispano rogati, pro aliquo vestro magno beneficio oblato, vullis hune opprimerc et derelinquere, ut pacem cilius amplectatur cum Hispano Finis principum ubyssus muKa. » (Ibid.)