CHAPITRE VIII
chesses pour ébranler les fondations de la terre et la foi des hommes 1 ? » S'élevant enfin avec une ironie hautaine contre ceux qui détournaient le conseil d'Angleterre de s'engager dans de nouvelles dépenses pour assister le roi de France, il s'écriait : « Aimez-les, si vous préférez a votre sûreté la substance misérable de l'or et de l'argent*. »
Les lettres de Perez étaient d'autant plus propres a compléter l'effet produit par les dépêches de sir Henri Unton, qu'il était, peut-être a son insu, dans cette occasion, le complice du stratagème d'Essex, dont il approuvait, du reste, la politique générale comme tout a fait antiespagnole. Malgré l'amitié d'Essex, la confiance et les attentions de Henri IV, la part qu'il prenait aux affaires d'Angleterre et de France, Perez était triste, inquiet, mécontent, plein d'ombrages, l'esprit agité de mille projets divers 8 . Dès son retour en France, il avait reçu une pension de quatre mille écus, et on lui avait fait espérer l'office de conseiller privé et le collier de l'ordre du Saint-Esprit*; mais la pension n'était pas toujours exactement payée, a une époque où les finances de Henri IV étaient dans le plus déplorable état, et où
1 « Fort wnat kingdom is ihere in Europe, in whicli t'ial dishirber of nature bas nol sow'd his mammon in or Jer to sub\ erl lie foundations of the earlband tbe failli of men. » [Mimoirs of qucen Elizabeth, p. 375.)
* « Love them, if you prefer to yonr own nVty the wretcbed substance of gold and si' ver. » (Ibid., t. T, p. 376.)
5 Ibid. t p. 370, 576 et 400.
ce prince écrivait lui-même à Rosui que ses chemises étaient toutes déchirées, ses pourpoints troués au coude, et sa marmite souvent renversée. Les retards qu'éprouvait Ferez le remplissaient de soupçons; il se croyait l'objet de l'inimitié des princes de la maison de Guise, a cause de ce qu'il avait dit dans ses Relaciones de leurs projets avec don Juan, de l'envie des courtisans, de la jalousie du secrétaire d'État Villeroy 1 , de l'espionnage même du fidèle Gil de Mesa, qui, se dévouant a sa mauvaise fortune, l'avait sauvé de sa prison de Castille et de sa prison d'Aragon, et. s' exilant avec lui, l'avait suivi en France, où il était devenu gentilhomme de la chambre de Henri IV \ Des avis qui lui parvenaient sur de nouvelles trames formées contre sa vie ajoutaient des craintes a ses défiances 8 . Il songeait a se retirer tantôt en Angleterre, tantôt a Florence, tantôt à Venise, tantôt en Hollande*. Henri IV cherchait alors à le calmer, a le rassurer, et lui disait : « Antonio, vous ne serez nulle part plus en sûreté qu'avec moi, et je ne veux pas que vous me quittiez 5 . »
Son imagination malade fut frappée d'un nouveau coup. On lui annonça la fausse nouvelle que sa femme dofia Juana Coëllo était morte 8 . Il fit l'éloge,
* Mémoire of queen Elizabeth, p. 340.
* Ibid., p 432 et 433.
» Ibid.
* Itrid.
5 « You shall live no where, Antonio, in more sccurity tlian wilh me, and I désire you not to leave me. » [Ibid., p. 372.)