‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 164 sur 192 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

se soumettaient les autres princes de la maison de Lorraine ; il lui demandait d y faire stipuler, en retour, la liberté de sa famille et la restitution de ses biens 1 . Il en reçut, a ce qu'il paraît, l'assurance, et il affirme qu'à la fin de la négociation de Vervins les plénipotentiaires français mirent à ce prix la rentrée du duc d'Aumale dans sa patrie et dans ses biens. Il prétend encore que les plénipotentiaires espagnols Richardot et Tassis s'y refusèrent, parce que Perez n'était pas, comme le duc d'Aumale, expatrié pour avoir pris part a des troubles et k une guerre civile contre son roi, mais pour avoir été condamné par l'inquisition*.

Je n'ai rien lu de pareil dans les instructions données à Bellièvre et a Sillery, ni dans leurs dépêches 8 . Loin de là, il leur était formellement prescrit de repousser du traité le duc d'Aumale et les ligueurs qui s'étaient obstinés dans leur rébellion, et auxquels Henri IV se réservait de faire grâce s'ils se soumettaient humblement 4 , sans vouloir permettre qu'ils rentrassent en France de haute lutte, en vertu d'un traité, parla protection d'un autre roi, et, pour ainsi dire, triomphalement. Le nom de Perez n'est pas mentionné une seule fois dans le cours de la négociation, quoique celui du duc d'Aumale y revienne

* Cartcu, p. 572.

* Car tas, â unsenor amigo, p. 480 et 484.

s Mémoires de Bellièvre et de Sillery, in -8% la Haye, 1696, p. 16, 51, 73, 76, 121, 239, 255, 302, 320.

A /6id.,p. 121 et 122.

souvent 1 . Comment, en effet, Henri IV aurait-il dérogé, dans l'intérêt fort secondaire de Perez, à un principe fondamental de conduite qui, a l'issue de longues guerres civiles fomentées par un souverain étranger, devait contribuer à raffermissement de son autorité et au repos de son royaume? Peut-être le promit-il a Perez, et la grâce future du duc d'Aumale fut-elle, af>rès la négociation, verbalement offerte en compensation de celle que sollicitait Perez. Il est certain que le comte de la Rochepot, envoyé comme ambassadeur en Espagne en 160O, fut chargé par Henri IV d'intercéder pour Perez et ses enfants*. Mais toujours est-il que le duc d'Aumale ne fut point compris dans la paix de Vervins, signée le 2 mai 1598, et que la femme et les enfants de Perez restèrent dans les prisons de Philippe II. Les infortunes de Perez ne devaient être adoucies que par la mort de son implacable persécuteur. Il est vrai que cette consolation ne se fit pas longtemps attendre pour lui, Philippe II n'ayant survécu que quatre mois a la paix de Vervins.

1 Mémoires de Bellièvre et de Sillery, p. 74, 321 et 356.

* « Particulièrement il advisera et verra ce qu'il pourra faire pour le sieur Antonio Perez, de la fortune duquel Sa Majesté a grande compassion pour estre tombé en Testât auquel il se trouve plustost par ung malheur et disgrâce que par aucune malignité, s'in formant, quand il sera par delà, comment sa femme et ses enfants sont traie tés, afin d'intercéder pour eux et obtenir que les biens qui appartenaient audict Antonio et à sesdicts enfants leur soient du tout rend eus, afin qu'ils se ressentent du bénéfice de ladite paix et de la faveur et de la recommandation de Sadicte Majesté. » (Instruction à M. de la Rochepot et dans les Mémoires de Duplessis-Mornay, Paris, 1824, t, IX, p. 355.)

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