‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 165 sur 192 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

Il ne sera pas sans intérêt de voir comment, dans une vie manuscrite de Philippe II attribuée à Perez, sont racontés les derniers moments de ce roi : « La mort, y est-il dit, ne voulut pas le détruire sans lui avoir fait sentir que les princes et monarques de la terre ont d'aussi misérables et honteuses manières de sortir de la vie que ceux qui ont vécu pauvres. Elle Tinonda d'une sale phtiriasis, accompagnée de toute une armée de poux... Mais le mal actuel ne lui causait pas autant d'appréhensions que le mal a venir; car, quand il se figurait les abîmes de la justice divine, le compte qu'il avait a lui rendre de tant de jours, de tant d'actions, de tant de sang répandu en pure perte, il aurait mieux aimé être né pauvre pâtre que monarque des Espagnes 1 . , .

« La fièvre lente qui le minait depuis trois ans, ■et la goutte la plus violente qui puisse tenailler un corps humain, l'avaient préparé a la mort bien avant

1 « La muerle no le qui&6 arrebatar anles de averle hecho sentir que loa principes y monarcas de la tierra lienen tan misérables y vergonzosas salidas de la vida como los pobres de ella. Ella le embistié al tin con una asquerosa phitiriase con un exercito innumerable de piojos... Mas la miseria présente no le causaba tanta a préhension como la por venir; porque, representandosele los abismos de la justicia de Dios, la cuenta que le abia de dar de tantas dias, de tantas acciones, de tantos pueblos, de tanta sangre perdida y derramada, quisiera antes haver nacido un pobre pastor que no rey de Espaîïa. » [Brève compendio y elogio de la vida de el rey Phelipe segundo de Espana, por Antonio Perez, ms. de la Bibliothèque royale, supplément français, n* 2502*, fol. 39. Dans un autre manuscrit, que j'ai entre les mains, la même vie de Philippe II est attribuée à Perez sous le titre suivant : Vida reservada del senor rey Phelipe 2°, por Antonio Perez.)

la fin de ses jours. Aussi était-il si loin de toute intention et de toute idée de vivre, qu'un gentilhomme de sa chambre lui ayant dit que, s'il changeait de chambre et s'il passait dans une autre au-dessous, qui était plus gaie, les médecins assuraient qu'il pourrait vivre encore deux ans, il ne répondit autre chose, sinon : « Donnez cette image de Notre-Dame « à F in fan te. Elle a appartenu à ma mère, et je l'ai « portée cinquante ans sur moi. » Il parlait de sa mort comme d'une entrée royale dans la meilleure de ses villes, et de ses funérailles comme il aurait pu le faire de son couronnement, en disant : « Il « faudra que vous m'attachiez aux mains une corde « d'où pende sur ma poitrine un crucifix de bois. « Je veux mourir avec ce crucifix ; c'est avec lui « qu'est mort l'empereur, mon seigneur et père 1 . » « Il n'y avait plus de vivant en lui que le senti-, ment de ses péchés, et il lui était si douloureux,

* « La cal en lu ra lenta que le havia combalido très a nos, y la mas violenta gota que puede a atenazearâ un cuerpo humano, le havian preparado à" la muerte mucbo antes del fin de sus dias; y asi ténia tan apartados de su intencion todos los pensamientos de vivir, que viendo un gentilhombre de su câmara que en medio del rigor de sus dolores ténia tal vez alguna tregua y alibio, le dix6 que, si mudaba de aposento, y se pasaba a otro cuarto de abaxo y alegre, dezian los medicos podia vivir dos anos ; no respondia olra cosa sino : Dad esta ymagen de Nuestra Senora a la Infanta, que fue de mi madré, y la bè Uevado cinquenta anos con migo. El hablava de su muerte como de una real entrada en la mexor de sus ciudades, y de su sepultura como pudiera de su coronacion, dixiendo : Haveisme de atar a las manos una cuerda donde cuelgue sobre el pecbo una cruz de palo. Con este crucifixo tengo de morir, que es con cl que mûri 6 el emperador mi senor. » (Brève compendio. etc., fol. 41 v° et 42 r*.)

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