CHAPITRE IX
qui allaient s'ouvrir, et Parry l'encouragea a partir pour l'Angleterre, l'assurant qu'il y serait le bien reçu â ; il lui remit même une lettre pour Robert Cecil. Perez, espérant servir les intérêts de Philippe III, et se faire rappeler en Espagne par ce prince, eut l'imprudente légèreté non-seulement de quitter Paris, mais de résigner sa pension.
Le secrétaire d'État Villeroy écrivit aussitôt a Christophe de Harlay, comte de Beaumont, ambassadeur de France en Angleterre : « Prenez bien garde par delà que Antonio Perez, qui nous a dict y retourner, ne surprenne par ses adulations et flatteries ordinaires les cœurs des courtisans et des dames, ainsy qu'il s'est promis, et de faire en cette occasion de la paix un si signalé service au roy d'Espagne, qu'il méritera de rentrer aux biens et honneurs qu'il a autrefois possédez. Jamais je n'ay recogneu tant de vanillé et d'imprudence accompagnée de tant d'outrecuidance en personne. . . Observez ce qu'il dira et faira et nous en advertissez comme de toutes autres choses, et jusques aux moindres; car le roy y prend très-grand plaisir, ainsi qu'il m'a commandé de rechef vous escrire*. »
Henri IV, ayant appris, par des informations reçues d'Espagne, que Perez se proposait de pénétrer les dispositions et les volontés de Jacques I er pour
1 Lettre dé M. de Beaumont à Villeroy, du 29 février 1604, ms. Bélhune, vol. 9994, f 123.
* Lettre de M. de Villeroy à M. de Beaumont, du 18 janvier 1604, ms. Bétbune, n*9993, fol. 158.
les communiquer ensuite au connétable de Castille don Juan de Velasco, chargé de conclure la négociation, donna connaissance de ce projet à son ambassadeur. « Il espère ainsi, écrivit-il, se faire de fête; mais je pense qu'il s'y trouvera trompé 1 . » Henri IV avait raison. Dès que Jacques I fcr fut informé que Perez s'était mis en route, il dit au comte de Beaumont qu'il n'avait aucun désir de le voir, et que, sachant combien sa présence serait désagréable a l'ambassadeur d'Espagne, qui avait fort mauvaise opinion de lui, il lui avait fait donner Tordre de rebrousser chemin. En effet, lord Montjoy, comte de Devonshire, avait transmis cet ordre k Perez, qui l'avait reçu a Boulogne*. L'aventureux exilé, qui venait de renoncer si témérairement à la généreuse assistance de Henri IV, et auquel il ne restait plus d'autre ressource que de réussir dans l'entreprise où il s'était engagé avec tant d' inconsidération, ne craignit pas de passer outre. 11 traversa la mer, débarqua en Angleterre, et s'avança jusqu'à Cantorbéry 8 , d'où il écrivit au roi Jacques en lui transmettant la lettre par laquelle Th. Parry l'avait pressé de faire ce voyage \ 11 invoquait l'autorisation qui
1 Lettre de Henri IV à M. de Beaumont, du 6 mars 1604, ras. Bélhune, n # 9994, fol. 147.
* Lettre de M. de Beaumont à M. de Villeroy, du 29 février 1604, ibidem, fol. 122.
5 Lettre de M. de Beaumont à M. de Villeroy, du 29 février 1604, ibidem, fol. 122.
* <k Illustrissime Domine, Parata omnia, Mercurius, Possidonius f /Eolus, dii deœque omnes propitii te exspectant, eractatis angustiis,