CHAPITRE IX
Zuniga revint, en effet, sans rapporter la grâce du malheureux exilé. Quoiqu'il dût être bien désabusé, Perez, lorsque don Pedro de Toledo remplaça Zuniga comme ambassadeur k Paris, adressa, le 9 août, d'après les conseils de ce dernier, une lettre remplie de soumission et de prières au duc de Lerma : « Très-miséricordieux seigneur, lui disait-il, je supplie humblement Votre Excellence d'avoir pitié de moi et des miens. Si j'ai sacrifié aux idoles, ce fut contraint et comme poussé par un roi trompé luimême sur mon peu de valeur et par sa grande piété. Je l'ai bien prouvé par mon obéissance k tout abandonner quand on me l'ordonnait, m'exposant a mille dangers et hasards, k des peines nombreuses et k la pauvreté, non en vue de la récompense que je pouvais en attendre d'un tel roi, mais pour la satisfaction d'avoir rempli mes devoirs. Je m'en suis ouvert a don Pedro de Toledo, le priant de chercher un prompt remède pour que je ne vive pas plus longtemps suspendu dans cet état, trop misérable et trop périlleux, ainsi qu'il pourra le faire connaître parles particularités que je lui ai communiquées de vive voix. Mais, seigneur, aucune traverse ne pouvant m'ôter le désir de mourir vassal de qui je suis né vassal, le roi m'accordera, j'espère, la faveur de satisfaire ce désir, et Votre Excellence résistera à ceux qui voudraient empêcher ce corps, déjà devenu terre et comme sans âme, de recouvrer sa nature pour finir ses jours. Votre Excellence a permis a mes fils de venir voir le misérable état dans lequel
je suis; qu'elle permette, je l'en supplie, à leur mère de me fermer les yeux : il y a si longtemps qu'ils pleurent! ils méritent bien cela 1 . »
Cette lettre, qui commençait et finissait par des adulations recherchées, n'eut point un résultat plus heureux que ses autres démarches. Perez demandait, trois mois après, a don Pedro de Toledo, s'il n'avait pas encore de réponse du duc de Lerma, ou s'il n'en attendait pas prochainement; « car, disaitil, je suis dans la plus extrême nécessité, ayant épuisé les secours de tous mes amis, et ne sachant où trouver le pain du jour*. » Lamentable position
1 « Apiédese Vuestra Excelencia, y a le suppBco muy hamidilmenle, de mi y de los mios ; que si idolâtré, no lo hice si no necesitado y importunado grandemenie deste rey, enganado el de mi poco valor y de su mucha piedad. Buena prueba he dado con la obediencia con que dejé todo en mandandomelo, metiendome en mil peligros y aventuras con mucha incomodidad y pobreza mia, no por il premio que podia esperar de tal rey, sino por la satisfaction de mi animo de aver cumplido con mi obligacion, comô lo he declarado a don Pedro de Toledo para que con brevedad procure el remedio, porque no viva yo mas tiempo suspenso en este est ado f misérable mucko, y peîigroso mas, como el lo particularizarâ y calificarâ con las particularidades y verdades que à la boca le he referido. Pero, senor, como ningunos trabajos me pueden quilar el desseo de morir vasallo de quien lo naci, paresce razonablc que tal rey como yo lo espero lo permita y que résista Su Magestad y Vuestra Excelencia a los que pretendieren impedir que A este cuerpo, que y a esta hecho tierra como sin aima, le recoja su naturalez para acabar sus dias... Ha permitido Vuestra Excelencia que mis hijos puedan aver visto el estado misérable en que estoy, yo le supplico permita que la que los pariô me cierre los ojos, pues por los anos que ha que lloran merescen & los menosque vean esto. » (Lettre de Perez au duc de Lerma, du 9 août 1608, dans l'ouvrage de M. Bermudez de Castro, p. 393.)
* « Porque yo estoy en el estremo ultimo con aver ya agotado a