CHAPITRE IX
d'un homme qui, après avoir été le ministre favori du plus puissant roi de l'Europe, après avoir entraîné tout un pays dans la défense de sa personne et de sa cause, après avoir pris part aux confidences et aux affaires des deux plus formidables ennemis de son ancien maître, était tombé dans un pareil dénûment et voyait ses plus humbles prières repoussées par de désespérants refus. Sa détresse ne fut pas sans doute étrangère à ses nombreux changements de demeure : il s'était transporté de Saint-Lazare dans la rue du Temple, de la rue du Temple au faubourg Saint-Victor, et il alla s'établir, en 1608, près de l'Arsenal, rue de la Cerisaie 1 , où ses chagrins et ses infirmités accrurent sa solitude.
Obligé de renoncer a tous les autres plaisirs, il cherchait des distractions dans les réminiscences de sa jeunesse, les occupations de son esprit, et il allait beaucoup à l'église demander a Dieu les consolations que lui refusaient les hommes ; il écrivait et il priait. C'est dans cette période malheureuse et inoccupée de sa vie qu'il fit beaucoup de choses perdues depuis, et qu'il composa pour le duc de Lerma son livre sur la science du gouvernement, intitulé : Étoile polaire des princes, des vice-rois, des conseillers, des gouverneurs, et avertissements politiques sur V administration publique et particulière d'une
mis amigos que me socorrian y con no saber donde hallar el pan de maîïana. » (Caria al ambajador de Es pana, don Pedro de Tolcdo, dans l'ouvrage de M. Bermudez de Castro, p. 594.) « Mercure franc ois, année 1611, t, II, fol. 291 t\
monarchie 1 , etc. Cet ouvrage, où se reconnaît la vive imagination de Perez, et où l'on trouve l'expérience d'un ministre tombé, n'a cependant rien de fort remarquable. Les conseils donnés a un premier ministre sur Fart de bien choisir ses créatures et de bien distribuer ses grâces, l'utilité de se montrer affable, le soin d'accorder des audiences, la nécessité d'éloigner du prince les grands qui pourraient peu a peu le perdre et de ne pas mettre ceux qu'il aurait offensés en position de se venger, etc. , étaient les banalités du métier de favori, que le duc de Lerma n'avait pas besoin d'apprendre, et que Perez avait peu de mérite a retracer. Sous ce rapport, les lettres qu'il a écrites de son exil contiennent des anecdotes plus instructives, des réflexions plus ingénieuses et plus profondes sur le gouvernement de Philippe II, sur la rivalité du duc d'Albe et de Ruy Gomez de Silva, sur les théories et les procédés de ce dernier, qu'il considère comme le grand maître dans cette science des cours, « où sont, dit-il, les
1 Cet ouvrage existe en manuscrit à la Bibliothèque royale, fonds Saint-Germain, n° 144, sous le titre suivant : Norte de principes, vireyes, présidentes, consejeros, gobernadores, y advertimientos poVticossobre îo publico y par lie al ar de una monarchia importantissima à loi taies fundados en mater ia y razon de estado y gobierno ; por Antonio Perez. M. Bermudez de Castro dit, p» 303, que cet ouvrage a été imprimé à Madrid à la fin du siècle dernier Toutefois, je n'ai pu me le procurer. Don Valladores de Sotomayor, dans le t. XXVIII du Semanario etudito, avait annoncé qu'il publierait le traité de Perez ainsi que le procès criminel qui lui fut intenté par l'ordre de Philippe IL Mais je n'ai trouve, dans les volumes subséquents de cet intéressant recueil, ni l'un ni l'autre de ces documente.