‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 18 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à leur tour et publièrent redit perpétuel dans Bruxelles :

« Ah ! seigneur Antonio, qu'il est vrai que je suis un malheureux et un homme perdu par l'abandon d'un projet si longtemps médité et si bien ménagé, puisqu'il ne me reste plus, au moment d'en commencer l'exécution avec ces troupes-ci, qu'à choisir ou de les renvoyer par terre ou d'en venir h une rupture avec les États et d'enfreindre la volonté connue de Sa Majesté! Ce dernier parti, ni la conscience, ni le devoir, ni le temps, ne me permettent de le prendre. Il me faut donc me résigner au premier, qui renverse tout notre plan. Je ne sais plus à quoi penser, si ce n'est à me retirer dans quelque ermitage... Ce qu'il y a de sûr, c'est que je suis si consterné de ce coup, que je passe de longues heures a y réfléchir, sans savoir qu'imaginer... Je ne suis pas moins inutile ici que j'aurais pu, dans

d'autres temps, y bien servir par ma présence

j'y vois les choses arrangées de telle manière, qu'en me fiant a ce qui m'entoure je risque de donner de moi une mauvaise idée et de faire craindre de très-mauvais résultats, parce que je ne suis pas fait pour ces gens-ci et que ces gens-ci ne sont pas faits pour moi. Bien loin de là, dans les rapports que nous avons eus ensemble, nous nous sommes cent fois rencontrés en telle opposition, que nous ne pouvons en aucune façon en venir a être sur rien du même avis. Je dis donc résolument que, plutôt que de demeurer ici au delà du temps nécessaire au

choix d une autre personne, il n'y aura pas de parti que je ne prenne, jusqu'à celui de laisser tout là et d'arriver là-bas quand on m'y attendra le moins, dussé-je en être châtié jusqu'au sang, dussé-je, seigneur Antonio, en .compromettant le service du roi, causer ma perte et me faire exécuter moi-même en exemple pour un si grand dommage. Soyez sûr qu'il n'y aura là rien de pire que de désoler un sujet si soumis et qu'on avait sous la main en l'exilant où Ta voulu son maître 1 . »

Don Juan disait que la main d une femme vau-

4 « A, senor Antonio, y cuan cierto es de mi disgracia y desdicba la quiebra de nuestro design io, tras muy trabaxado y bien guiado que se ténia, pues no consistia en mas efeto d'encomençarle con esta gente que, o a de salir por tierra, o benirse forçadamente a rrolura tan contra voluntad, como save, de Su Magestad. Lo poslrero ni la conciencia, ni el deber, ni el liempo, me lo permit», y asi, como digo, es fuerça venir en lo primero para ruyna de nuestra traça; pues no té en que pensar sino en una hermita... es cierlo questoy tan lastimado deste golpe que 11 ego artos ratos a imaginar en esto... Soy aora no menos inutil para lo de aqui que fuera otro tiempo probechossa mi presencia, y benne ques esto de manera que, aviendo de créer siempre a los présentes, llegaria a dar de mi muy mala cuenla y muy mal abenturada porque de ningun modo soy para entre estas gentes y mucho menos son ollas para mi. Muy fuera desto, y que en los tratos que avemos tenido que nos avemos encontrado muchasvece8 de suertc y de manera que en ninguna manera somos ni podemos ser para en uno. Digo rresolutamente que, an les de quedar aca mas de lo ques menester para que en el entretanto se probca persona, no abrd rresolucion que no tome, hanta dexar lo todo y ser alla quando menos se cataren, aunque piense ser castigado a sangre, y, senor Antonio, juntar la destruycion en el servicio del Rey con la mia y acerme a mi eœecutar exemplo deste dafto... por cierto no demas que de mal acavar un sugeto tan obediente y puesto a la mano, como se ha tnsto, para arrojarle adonde a querido el dueîio. j> (16 février 1577. Don Juan à Ant. Perez. Ms. de la Haye, fol. 16, 18.)

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