‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 19 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

drait mieux que celle d'un homme pour gouverner, dans le moment, cette population indocile, et il proposait, ou l'impératrice, que désiraient les États, ou la duchesse de Parme, qui avait laissé de bons souvenirs parmi eux 1 . Il demandait l'autorisation de sortir des Pays-Bas avec les troupes espagnoles, et d'aller assister Henri III, qui, au printemps de 1577, était en guerre contre les huguenots de France. « Vous verrez, écrivait en même temps Escovedo a Perez, que le prince propose, dans la lettre au roi, que les troupes que Ton fait sortir d'ici aillent au secours du roi de France, dans l'extrémité où le réduisent aujourd'hui les hérétiques, et que le profit qu'on en peut tirer est d'effacer et de racheter le déshonneur qui résulte de l'expulsion des Espagnols. . . Ce parti servira en même temps de frein k ces ivrognes-ci ; car il est sûr qu'ils nous craindront aussi fort, a nous voir en France, que si nous étions ici, et nous pourrions en venir par la à nous embarquer plus tard et à poursuivre notre projet en dédommagement d une humiliation qui est d'un si grand préjudice. Si le prince propose la quelque chose de singulier, ne vous en étonnez pas, quand

il est sous le coup qui lui a bouleversé l'esprit

On dira : Don Juan d'Autriche est allé au secours du roi de France, restaurer son royaume avec six mille fantassins et deux mille cavaliers. Nous y irons en simples aventuriers, et il se réjouira mille fois plus

« Ms. de la Haye, toi. 16, 18,

d'y servir de cette manière que de gouverner cette race perverse 1 . »

Ce projet, destiné uniquement a cacher un échec et à couvrir une retraite, notait pas le seul. Don Juan et Escovedo en conçurent un autre. Obligés de renoncer à la conquête de l'Angleterre, ils rêvèrent la possession du pouvoir en Espagne. De quelle façon? Le voici : dans une lettre du 3 février 1577, Kscovedo annonçait à Perez que le prince, maintenant désespéré, n'avait plus pour but et pour ambition qu'un fauteuil sous un dais, ce qui devait l'assimiler k un infant 9 . Don Juan voulait l'obtenir pour

* « Verâ Vuestra Merced por la carta de Su Magestad, como propone questa g en te, que se saca, fuese a socorrer al rey de Francia en la necessidad que aora van poniendole los herejes y quel fin que se lleva es derramar y remendar esta deshonrra que se sigue de sacar los Espanoles y la demas génie, porque se diga en la ystoria, si quiera, que fue a socorrer a Francia en una tan gran necessidad como esta, tocando en rreligion, y tambien serbira esto de rrefrenar estos borrachos. Porques cierto questando en Francia les temeran como si estuviesen aqui ; de tal manera podriamos darnos despues a embarcarnos y ayudarnos en la traça, que séria rremate desta desautoridad y gran dano. Si propusiere alguna cossa desbaratado, no se marabilU Vuestra Merced, que ha desbaratado el entendimiento este golpe, y boy deseando, y Su AUeça muere por ello, de salir de aqui antes que entremos : que haremos despues dentrados? Y para esto tomaremos de muy buena gana hir con esta gente, si ba a Francia, porque, si biene en numéro, no es para tanto gênerai : la causa es muy onrrada para que se diga : fue don Joan de Austria à socorrer al rey de Francia y restaurar su reyno, y estirpar los herejes del, con seis mil infantes y dos mill cavallos; hiremos como abentureros y se holgard mas de servir en esto que no en govierno de tan ruin gente. i> ( 7 févr. 1577. Escovedo à Perez, ms. de la Haye, fol. 12, 16.)

* « Vuestra Merced se prebenga y créa que silla y corlina es su inlento y apelito. » (Ms. La Haye, 12, 16, et Mémorial, p. 308.)

entrer dans les conseils d'Espagne, y fortifier le parti du marquis de los Vêlez, du cardinal Quiroga, de Perez, et, d'accord avec ce parti, conduire les affaires de la monarchie. Aussi Escovedo ajoutait quatre jours après, dans une lettre adressée a Perez le 7 février : « Si vous pouvez nous rappeler en cour, sachez bien que nous en sommes venus a trouver que c'est ce qu'il y a de mieux a faire, et que nous nous y rendrons disposés à agir. Vous, pour ce qui vous concerne, veillez à obtenir ce résultat, et soyez sûr que, si vous parvenez à grouper a la cour Son Altesse, los Vêlez, Sesa 1 , avec Antonio et Juan pour acolytes, notre avis ne pourra manquer de prévaloir dans le conseil. Ce plan ménagé de loin, en y associant qui on pourra regarder comme un bon soutien, réussira, n'en ayez aucun doute. Dans les bonnes occasions que vous et Vêlez aurez de déplorer le trop de travail du roi et de reconnaître la nécessité de veiller a sa santé, d'où dépend le salut de la chrétienté, j'irais jusqu'à dire, sans plus de détour, que, par cette raison et attendu l'extrême jeunesse du prince son fils, il serait bon qu'il eût à qui faire porter le fardeau, et qu'après avoir apprécié la sagacité, la prudence et la fidélité que Son Altesse a déployées dans ces affaires-ci, il semble qu'il est le personnage a qui ce poste revient, et celui que, comme dit l'Écriture, Dieu a voulu, en récompense

1 Le duc de Sesa était l'un des membres les plus influents du conseil de la guerre.

de la piété du roi, lui donner pour bâton de vieillesse 1 . »

Escovedo insistait auprès de Perez pour faire agréer au roi le départ de don Juan, de peur qu'il ne succombât a quelque grave maladie que faisaient redouter sa constitution délicate et l'état d'exaltation où l'avait jeté la mine de ses espérances. « Je tremble, disait-il, qu'il ne nous laisse ici-bas à notre

bonne étoile, ou plutôt a notre mauvaise Si ce

malheur nous arrivait, adieu la cour, adieule monde ; il y a des montagnes autour de Saint-Sébastien et de Santander. C'est lk que je veux m'aller mettre, plutôt au milieu des bêtes fauves que parmi les courtisans. Soutenons donc et conservons celui qui nous conserve, et plaçons-le où il pourra trouver satisfaction*. »

* « ... Vucslra Merced nos puede acer corlesanos. Sepa que hemos liegado a conocer que cslo es lo que ace al caso y que andaremos vestidos largos. Vnestra Merced, por lo que le ba, se desbele en encaminarlo ; que si acierta a estar ay Su Alteça y el de los Bêlez y Seaa, y por acolytos Antonio y Joan, créa cierto que baldra nuestro parecer en el consejo, y esta platica tomada de lexos, y prebenido délia a quien estuviere cierto que ayudara, saldra sin duda. Yo, sin mas pensar, diria, en la buenas ocasiones que V. M. y Bêlez ternan, cerca del dolerse del trabajo de Su Magestad y cuanla necesidad ay de mirar por su salud, pues dépende délia crisliandad, que para eslo, ya quel principe Nuestro Senor es nino, conbendria que tosjese con quien descargar, que aviendo visto que con sagacidad, prudei^ia, y cordura Su Alteça se a gobernado en estos negocios, parece que» su— geto en quien cave este lugar y que, como dice la Escrilura, fue Çios servido, por su cristiandad, de darsele por baculo de su bexes. » (7 février 4577. Escovedo à Percz, ms. de la Haye, fol. 12 à 16.)

* « Que, lo temo, ha de dexarnos hir a buenas noches, facilmente digo a malas... y si nuestra desventura fuere tal, adios corte, adios

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