CHAPITRE IX
bas-fonds de la bassesse humaine, et où il est besoin d'avoir une grande prudence et de naviguer toujours la sonde à la main 1 . »
Mais il faut convenir qu'en ce qui concerne la conduite générale du gouvernement, son livre renferme des vues utiles, morales, prévoyantes, et dont quelques-unes sont même au-dessus de l'esprit de son temps. Opposé, comme ministre de l'ancienne faction du prince d'Eboli, a la guerre qui avait épuisé la monarchie espagnole, il se déclare pour la paix, et va même jusqu'à conseiller de reconnaître Tindépendance des Provinces-Unies de Hollande, politique entièrement réalisée sous le ministère du duc de Lerma. Il engage a relever la marine, déchue depuis l'expédition malheureuse de 1588, dans l'intérêt de l'Espagne et de ses colonies, dont il ne craint pas de déplorer la découverte*. Contraire a la richesse territoriale du clergé et à l'ambition insatiable de la noblesse, il est d'avis qu'il faut gouverner pour le peuple, qui ne demande que le droit commun, une bonne administration et la justice.
11 appartenait, du reste, a Perez, pour lequel tout un peuple avait compromis son indépendance, de se faire, k son tour, le défenseur des intérêts des
1 « Aqui son los baxios de la baxesa humana, aqui es menester grande tiento, y navegar con la sonda en la mano. » ( Cartas, à un gran privado, p. 539.)
* « Las riquezas, el oro y la plat a de las Indias traxeron consigo este mal, para que podamos llorar, y con razon, si esto que llamamos merced fuese castigo del cielo. x> (Ms. de la Bibliothèque impériale, supplément français, n' 2502, fol. 131 V et 132*)
peuples. Depuis sa proscription, cette théorie libérale devint et demeura la sienne. Victime du pouvoir absolu après en avoir été l'instrument , il combat la tendance alors irrésistible des monarchies vers cette forme de gouvernement avec une sombre et menaçante énergie. « Parce que je désire, dit-il, la conservation des royaumes, je désire la conservation des rois, et parce que je désire la conservation des rois, je désire que les rois se maintiennent dans les limites permises. Ceci n'est pas de moi, quoique d'aussi honorables désirs ne puissent déshonorer personne, mais d'un grave conseiller qui dit au roi don Philippe II, en voyant dans diverses occasions qu'il marchait vers la licence du pouvoir absolu : « Seigneur, tempérez-vous ; reconnaissez Dieu sur la « terre comme au ciel, afin qu'il ne se lasse pas des « monarchies (doux gouvernement si l'on en use dou- « cément) et ne les brise pas toutes, outré de l'abus « du pouvoir humain. Car le Dieu du ciel est un Dieu « très-jaloux, qui ne veut souffrir de compagnon en « aucune chose. » Le même conseiller me disait a moi en particulier : « Seigneur Antonio, je crains beau- « coup, si les hommes ne se modèrent pas, et s'ils « continuent a se faire dieux sur la terre, que Dieu ne « se fatigue des monarchies, ne les bouleverse, et « ne donne une autre forme au monde 1 . »
* a Por lo que dessco la conservacion de los reynos, desseo la conservation de los reyes : por lo que desseo la conservacion de los reyes, desseo la conservacion dellos dentro de los limites permitidos. No es inio esto, aunque nadie se deshonrre de tan bonrrados desseos : es de