‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 21 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment sur le compte de celui-ci, afin de leur inspirer plus d'abandon et de livrer ensuite leurs secrets. 11 remplit ce rôle odieux, ainsi qu'il le raconte luimême dans son Mémorial avec un dévouement effronté. En communiquant a Philippe H tout ce qu'il recevait de Flandre et tout ce qu'il y écrivait luimême, il se vante et s'absout de ce manège déloyal : « Sire, dit-il, c'est ainsi qu'il faut écouter et répondre pour le bien de votre service. On les tient mieux par la au bout de l'épée ; on en fait mieux ce qui convient avant tout au bien de vos affaires... Mais que Votre Majesté prenne bien ses précautions pour lire ces papiers, car, si mon artifice se découvre, je ne lui serai plus bon a rien et je devrai quitter le jeu. Au surplus, je sais très-bien que pour mon devoir et ma conscience je ne fais en tout ceci que ce que je dois, et je n'ai pas besoin d'une autre théologie que la mienne pour le comprendre 1 . » Le roi répond : « Croyez, en tout, a ma circonspection. Ma théologie entend la chose tout comme la vôtre, et trouve que non- seulement vous faites ce que vous devez, mais que vous auriez manqué a Dieu et aux

1 « Senor, es menesler escrivir y oir de aquella manera, para su servicio, porque asi se meten por la espada, y el hombre encamina mejor lo que conbiene para el negocio de Vuestra Ma g es Lad principal ruent e... Pero Vuestra Magestad mire como lee eslos papeles, que si se me descubre el artificio, no le podré servir, y yo auré menester alçar del juego. Que por lo demas bien se, que para my dever y consciencia ago lo que devo'en esto, y no be menesler mas iheologia que la mia para alcançarlo. » (Ms. de la Haye, fol. 56, V, et Mémorial, p. 540, 514.)

hommes, si vous ne laviez fait ainsi, afin de m'éclairer aussi complètement qu'il le faul contre les tromperies humaines et sur des choses de ce monde dont je suis véritablement épouvanté 1 . »

Philippe H ne voulut condescendre a aucun des désirs exprimés par son frère depuis l'abandon de l'entreprise d'Angleterre, et Perez, après s'être concerté avec lui, écrivit a don Juan : « Bien que je désirasse infiniment envoyer a Votre Altesse l'ordre qu'elle attend pour la rappeler du lieu où elle est. . . ni notre ami los Vêlez ni Quiroga... n'ont pensé qu'on pût en aucune manière mettre présentement cette affaire sur le tapis, h moins qu'on ne veuille perdre tout et exposer les États a un péril manifeste... J'ai eu beau jeter dès aujourd'hui en avant quelquesunes des raisons que Votre Altesse et Escovedo m'avez écrites, afin de tâcher de faire agréer ce que je souhaite, elles n'ont pas été accueillies, parce que Sa Majesté est persuadée tout en sens contraire. Elle croit que si les États peuvent être réduits el ramenés à leur bonne situation d'autrefois, ce doit être par la main de Votre Altesse; et, de mon côté, je vois Sa Majesté entendre si décidément les choses de cette manière, que je n'ai pas cru devoir

* « Y cred que traygo en todo buen recato, y segun mi Iheo-

login yo entiendo lo mismo que vos, que no solamente haceis lo que rieveis, mas que no lo hariades para con Dios ni para con el mundo, si no lo hiciessedes assy, y para que yo esle bien alumbrado de todo que es bien menester segun los enrredamcnlos del mondo y de sus eosas, que cierto me lienen espantndn. » (Ms. de la Haye, fol. 56 v\ et Mémorial, p. 340, 311.)

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