CHAPITRE PREMIER
l'obéissance légitime fussent reconnues, ils lui opposèrent un refus péremptoire 1 . Philippe II permit alors a don Juan d'employer les armes pour forcer l'obéissance que n'avaient pas pu rétablir ses concessions.
Cet entreprenant capitaine ne demandait pas mieux. Il avait levé quelques troupes et venait d'être rejoint par les soldats espagnols rappelés eniin d'Italie, sous le commandement du fameux Alexandre Farnèse, prince de Parme. Il entra aussitôt en campagne et gagna, le 31 janvier, la bataille de (iemblours sur l'armée des États. Après celte victoire, qui jeta la consternation dans Bruxelles, d'où les États et le prince d'Orange se retirèrent a Anvers, don Juan écrivit a Philippe II, le 6 février, pour prévenir toute lenteur de sa part, lui demander les moyens de poursuivre ses avantages, et presser le retour d'Escovedo. Il adressait en même temps à Antonio Perez et a Escovedo ces ardentes paroles : « Pour l'amour de Dieu, que ce succès fasse prendre courage. Qu'on jette du bois au feu, pendant qu'il est encore allumé, ou, si on laisse échapper cette occasion, que le roi ne prétende plus être maître de la Flandre et compter désormais sur ses autres royaumes, car il ne trouvera plus aucune assistance, ni en Dieu ni chez les peuples ; il n'y trouvera que les plus claires démonstrations du contraire. C'est Ta le vrai et non ce que disent tant d'autres qui lui
1 Archives de la maison de Nassau, t. VI, p. 288.
mentent et qui le trompent. Je le lui écris nettement, ainsi que tout ce que je pense sur le reste. . . J'en dis peut-être plus qu'on ne voudrait. Mais il ne doit jamais en coûter a des hommes d'honneur de faire ce qui n'est que l'accomplissement de leur devoir. Ils doivent avoir peine au contraire a cacher ce qu'ils pensent pour obtenir une approbation. C'est ce que, pour mon compte, je regarderais comme une trahison ; il faut donc qu'on me pardonne si, tout ce dont j'ai la conviction, je me crois obligé de le dire, sauf toute l'humilité et tout le respect que je dois, ou bien celui-là m'ordonnera de me taire qui par cet ordre mettra du moins a l'aise ma conscience et mon honneur. Maintenant, messieurs, de l'argent et de la résolution. Nous aurons occasion de faire briller ici la nôtre, puisque nous aurons a nous battre, et notre maître sera vainqueur. Seigneur Escovedo, diligence, diligence extrême à revenir 1 ..»
1 « Por amor de nucstro Sefior que cause este suceso, coraje y que se dé lena al fuego en tanto que dura el calor, o que perdida esta ocasion, no pretenda mas Su Magestad ser Sefior de Flandes, ni mayor seguridad en los demas sus reynos, pues ni en Dios, ni en las génies hallarâ mas assistencias, anles muy claras demostraciones de lo contrario, y esta es la verdad y no lo que le dicen tantos como le mienten y le engaûan. Ya se le escrivo claro con lo demas que me parecc. . . digo quiza mas de lo que querria que digese, pero nunca ba de dar pena a los nombres lionrados todo lo que es cumplir con sus obligaciones, an tes la deben tener con el encubrir lo que enticnden por andar al aplauso. Yo, cuanto a mi, por traicion lo tendria, y asi me ban de perdonar que lo que siento lié de decir debajo del respecto y humildad que debo, 6 me ha de mandai* que calle quien con hacerlo