‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 26 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il voulait le maintien de la paix, parce qu'il ne se croyait pas en mesure de recommencer la guerre 1 . Mais les événements, plus forts que ses désirs, allaient le ramener bientôt aux projets de don Juan. Ce prince, après s'être emparé de Namur, de Charlemont, de Luxembourg, et avoir occupé plusieurs autres places où se trouvaient les garnisons allemandes, se conformant aux intentions pacifiques du roi son frère, essaya de s'entendre de nouveau avec les États. Il n'y parvint point. Ses lettres, qui avaient été interceptées, les dispositions hostiles qu'il y montrait contre les peuples des Pays-Bas, l'opinion qu'il y exprimait d'une rupture tôt ou tard inévitable, son entrée de vive force dans le château de Namur et l'attitude menaçante qu'il avait prise, rendirent les Flamands aussi irréconciliables avec lui que les Hollandais. Ils s'empressèrent de démolir les

* « Y direis que, si guerrea, sera* destruyendo lo todo y pagando con ello la xcnte, pues de aca no es posible enbiarle dinero para esto, y cuando fucse, séria la x en te y gucrra corta y pareceria cossa derissa y donayre, y los estados lomarian mas animo para acerla que no c\ ; si quiere la baga como digo. » (Perez à Escovedo, ms. de la ïïayc. fol. 24, 27.) — Le 2 septembre 1577, Philippe II écrivait à don Juan :

« Et m'a dépieu beaucoup que vous ayez été forcé de ce faire,

pour ce que peult avoir été la cause de retarder et prolonger le bon chemin qu'avions pris les affaires... Pour pouvoir tant mieux entendre au bon gouvernement et pacification diceulx États vous y entendrés par les bons moyens que se aviont encommencés, usant à celle fin, el pour attirer vers vous les cœurs, de tous les bons moyens possibles d'industrie et doulceur, car ce que je désire et est ma volonté est que par ce chemin sil est possible se pacifie le tout, usant oultre ce de beaucoup de faveur et confiance des Estats qui se seront adressés et adresseront à vous. » (De Madrid... Arch. imp. et roy. de Vienne.)

citadelles d'Anvers, de Gand, de Valenciennes, etc., enlevèrent aux troupes allemandes Bois-le-Duc et Breda, appelèrent le prince d'Orange a Bruxelles, et, d'après ses suggestions, proposèrent des conditions si dures a don Juan, que la paix devint impossible. Ils déclarèrent alors don Juan ennemi du bien public, ordonnèrent a ceux qui étaient avec lui de le quitter sous peine de rébellion, resserrèrent l'union des dix-sept provinces en maintenant parmi elles le statu quo religieux, appelèrent un fils de l'Empereur, l'archiduc Mathias, pour le nommer, de leur propre autorité, gouverneur des Pays-Bas, en lui donnant le prince d'Orange comme lieutenant général, contractèrent enfin une alliance défensive avec la reine Elisabeth, qui s'engagea k leur prêter cent mille livres sterling destinées a lever des troupes 1 . Aussi, lorsque le baron de Selles vint de Madrid leur offrir, dans les premiers jours de 1578. au nom du roi d'Espagne, une amnistie complète, l'éloignement définitif de tous lesEspagnols, le choix d'un nouveau gouverneur général, qui serait le prince de Parme, ou l'archiduc Ferdinand, ou même l'archiduc Mathias, pourvu que la religion catholique et

* « Ce traité, conclu le 22 décembre 4577, fut ratiiié le 7 janvier 1578. (V. Dumont, Corps diplom., t. V, part. I", p. 315.) La reine d'Angleterre s'était obligée en outre à envoyer aux États cinq mille piétons et dix mille chevaux. Mais ce dernier secours n'ayant pas été fourni fut changé un peu plus lard en un nouveau prêt de quarante mille livres sterling destinées à payer une armée de six mille Suisses et cinq mille chevaux, dont le commandement serait confié au prince Casimir.

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