‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 30 sur 192 · CHAPITRE II VA · texte numérisé non relu

CHAPITRE II VA

une juste cause, ainsi que le droit présume toujours qu il y en a une dans toutes les actions du souverain 1 . »

C'est en vertu de ces surprenantes maximes qu'agit Philippe II en cette occasion. Il semble toutefois que le recours a l'assassinat contre Escovedo dut être, à ses yeux, fondé sur des motifs bien puissants, provoqué par des dangers bien réels. Quels étaient ces motifs et ces dangers? Perez les a indiqués dans ses Relaciones et dans son Mémorial. 11 dit que Philippe II fut alarmé des projets de don Juan, d'abord sur Tunis, qu'il avait refusé de démanteler, ensuite sur l'Angleterre, dont il aspirait à devenir souverain ; que ses alarmes s'accrureni lorsque son frère, contraint de renoncer a l'entreprise d'Angleterre , manifesta le désir violent de quitter les Pays-Bas, de se rendre a la tête des troupes espagnoles en France, où il entretenait d'étroites relations avec les princes de la maison de Guise, d'obtenir en Espagne le traitement d'un in-

4 « Le advierlo segun lo que yo enliendo de las leyes, que el principe seglar, que liene poder sobre la vida de sus subdilos y vasallos, como se la puede quilar por jusla causa y por juyzio formado, lo puede linzer sin cl, leuiendo lestigos, pues la orden en lo de mas, y tela de los juyzios es nada por sus leyes, en las quales cl mismo puede dispenser. . . No liene culpn el vasallo que por su mandado matasse a otro, que iambien lucre vasallo suyo, por que se ba de pensar que lo manda con justa causa, como el dereclio présume que la ay en todas las acciones del principe supremo. » (Cette théorie se trouve exposée dans une lettre adressée, en septembre 4589, par le confesseur de Philippe II à Perez. Hplaciones, p. 71, 72 Ms. de la ITaye, fol. 107 v* à 100 v°.)

fant, en lin d'être admis dans les conseils de la couronne pour y tout gouverner de concert avec le parti dominant 1 , 11 ajoute qu'Escovedo, complice des projets de son maître, dont il exaltait l'ambition, bien qu'il eût été envoyé auprès de lui dans une intention contraire, avait exprimé une pensée plus dangereuse encore. Il l'accuse d'avoir eu la témérité de prétendre qu'après s'être mis en possession de l'Angleterre, don Juan et lui pourraient s'emparer de l'Espagne en occupant l'entrée de Santander et le château de cette ville au moyen d'un fort construit sur la roche de Mogro, fort dont Escovedo avait demandé le commandement. 11 le présente ainsi comme ayant songé k renouveler sur Philippe II la conquête de la Péninsule en descendant des montagnes des Àsturies, d'où il était originaire et où il se trouvait apparenté, à l'exemple des chrétiens qui étaient partis de lk pour l'enlever aux Maures*. Enfin il parle d'une confédération secrète et factieuse qui aurait été formée entre don Juan et les Guise sous le titre de défense des deux couronnes, confédération qu'aurait dénoncée don Juan Vargas Mexia, ambassadeur d'Espagne h Paris et qui aurait mis le comble a la défiance du roi 8 .

1 Mémorial, p. 302, 306.

* « Que siendo duenos de Inglaterra se podrian alçar con Bspana con tener la entrada de la villa de Santander, y el castillo de la dicha villa, y con un fuerte en la pena de Mogro, alegando aqny que, quando se perdiô Espafta, desde las montanas se recobrà. » (Mémorial, p. 343. — Voir l'Appendix I.)

5 Ibid., p. 304, 306.

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