‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 31 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Voilà tous les faits allégués par Ferez comme ayant déterminé la meurtrière résolution de Philippe 11. Examinons en peu de mots leur exactitude et leur portée. Perez n'est pas toujours véridique. 11 aggrave tout au moins ce qu'il n'invente pas. Je ne suis pas complètement en mesure de vérifier la réalité du dessein qu'il prête à don Juan sur Tunis ; mais l'un des actes qu'il donne en preuve de ce dessein est démenti en grande partie par la correspondance de don Juan lui-même. Loin d'avoir reçu Tordre de démanteler les fortifications de cette ville, il fut laissé libre de les conserver ou de les abattre, et il adopta ce dernier parti dans l'été de 1574 '. Il prescrivit en août de démolir la forteresse de Tunis, et il alla lui-même en septembre faire sauter le fort de la Goulette placé en avant de cette ville, de peur que les Turcs ne s'en emparassent et ne s'y établissent*.

1 Le 1" mai 1574, don Juan écrivit à don Garcia de Tolède qu'il avait reçu une lettre du roi du 27 avril, dans laquelle le roi lui communiquait les raisons pour ou contre la conservation de la forteresse de Tunis, et lui mandait de prendre la résolution qui serait le plus convenable. Le 3 août, don Juan écrivit à Garcia : « Aunque, como lo escribo al duque (de Sesa?), parece recia reeolucion desemparar el fuerte de Tunez, al fin es la mas segura cuando bien no se vea que se pueden defender ambas partes (la Goulette et la forteresse de Tunis), aunque tambien padece escepciones que no son de pequena consideracion, y los que en la corte fueron de opinion que se desmante* lase al principio del verano tcndran ocasion de hincarnos bien la leïia. » (Documentas ineditos, t. III; p. 137, 439, 143, 150, 157.)

* Cabrera, Felipe segundo, rey de EspaHa. Madrid, 1619, in -fol., p. 798, 800.

Quant k l'expédition d'Angleterre, elle avait obtenu, les lettres mêmes de Perez en font foi, Tassentiment de Philippe II, et elle était conforme à la politique de ce prince. 11 valait certainement mieux pour lui permettre que don Juan entreprît cette conquête pendant que Marie Stuart vivait encore et que le parti catholique anglais pouvait lui prêter l'appui de sa force que de l'entreprendre pour son propre compte en 1588, après avoir laissé succomber Marie Stuart et lorsque le parti catholique était abattu.

Je ne m'arrêterai pas sur l'extravagant projet d'envahir l'Espagne après avoir occupé l'Angleterre. De la part de don Juan cette pensée est impossible. Don Juan a toujours été loyal envers son frère, et. s'il a eu des desseins un peu chimériques, il n'en a pas eu de coupables et d'insensés. Il est possible que, dans un moment de vaine jactance, Escovedo ait laissé échapper ce propos étrange. Perez y fait allusion dans un billet écrit au printemps de 1577 à Philippe II, qui le consultait sur la demande qu'Escovedo lui avait adressée pour obtenir le commandement de la roche de Mogro, après qu'on l'aurait fortifiée. Mais il n'y attache aucune importance. 11 est d'avis de fortifier la roche de Mogro, afin de protéger encore davantage le port de Santander, où s'équipaient et d'où partaient les flottes espagnoles pour la Flandre, sans en donner toutefois le commandement h Escovedo, qui était déjà alcade du château de cette ville. Il traite les paroles d'Esco-

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