‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 4 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

divisait entre eux l'ambition. Il dirigeait par écrit les vastes États de la monarchie espagnole ; tout passait sous ses yeux, les petites choses comme les grandes. Il consultait beaucoup, hésitait longtemps et décidait tard, par suite de son irrésolution et de la lenteur inévitable qu'imprimait aux affaires l'habitude de tout lire, de tout annoter, de tout ordonner lui-même. Bien qu'il fut très-appliqué et extrêmement laborieux, il ne pouvait pas suffire a tant d'occupations. Aussi y avait-il toujours du retard dans ses volontés et dans ses mesures. Les conseils nombreux, fondés par son père et par lui, instruisaient les diverses affaires qui étaient de leur compétence et lui donnaient leurs avis dans des consultes. Indépendamment de ces avis motivés, il demandait à ses ministres de lui exposer leur opinion par écrit. Pendant plus de vingt années, de 1558 a 1579, il conserva auprès de lui deux partis rivaux entre lesquels il partagea sa confiance et son pouvoir. En agissant ainsi, il avait pour but de s'éclairer de leurs opinions contradictoires, de. recourir, selon les occasions, aux qualités différentes de leurs chefs, et d'être servi avec plus d'émulation.

A la tête de ces deux partis furent longtemps le duc d'Albe et Ruy Gomez de Silva, prince d'Eboli, dont l'un était aussi altier et résolu que l'autre était adroit et prudent 1 . Dans le conseil d'État, où ils

1 « È gentil huomo Ruy Gomez at'fabile, di buono ingegno, accorto e discreto in ogni cosa. » [Antonio Tiepolo, Relazione délie cose di

exerçaient la principale influence, ils ne voyaient et ne concluaient jamais de la même façon 1 . Quiconque réussissait auprès de l'un échouait auprès de l'autre 1 . Philippe II n'était pas fâché de leur rivalité, qui allait jusqu'à l'inimitié; elle rassurait son caractère ombrageux, tout en ajoutant bien des fois aux incertitudes de son esprit par la divergence des sentiments que ces deux principaux conseillers de sa politique manifestaient sur les matières soumises a leurs délibérations. Au fond, il préférait Buy Gomez, qui était son sommelier de corps, qui lavait accompagné en Angleterre a l'époque de son mariage, ne l'avait plus quitté depuis, et le servait comme il aimait à être servi, avec un dévouement absolu et discret, en le conseillant sans paraître le diriger.

Cependant le duc d'Albe sembla l'avoir emporté un moment sur Ruy Gomez lorsque survint l'insurrection des Pays-Bas. Mais, ayant échoué, comme nous allons bientôt le dire, dans la mission qui lui

Spag¥ta y «n. 1568, ms. de la Bibl. roy., 1305, fol. 217 V.) — « Ruy Gomez principe de Kboli d'anni 50 è, molli anni sono, in gran considernzfone c Hcn© il mane*gio supremo. » (tbid., an. lhl\, fol. 293 r\)

1 « Vero è che tutto che siano sette che consigliano, se puo dir non dimeno doi solamenle, percio che tutli dependono 6 dal duca d*Alv«, è da Ruy Gomez, lî quaK son fini loro di pareri quasi sempre diversi. § (lôirf., fol. 217 \\)

* « S'accrcsce infinita di.iicollà ne! negoliare. che vole il fevordel duca d'Âlva perde qucllo di Ruy Gomez, e qucllo che cerca quello di Ruy Gomez non ha quello dcl duca, e puô benc ringratiar Iddio cbi si goterna in modo con l*uno et con l'aUro, che non s'acquisla contra*rio o Vuno o l'allro.» [Helaziont di Michel* Suriano, n», 1203, fol. 199;)

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