CHAPITRE PREMIER
avait été confiée de rétablir violemment l'obéissance en Flandre, le duc d'Albe avait vu décliner son crédit. L'heureux Ruy Cornez avait repris tout son ascendant, et il était mort en 1573 en laissant son parti plus puissant que jamais. Ce parti, auquel étaient également attachés Antonio Perez et Juan Escovedo, créatures, l'un et Vautre, de Ruy Gomez, et que don Juan d'Autriche illustrait au dehors par l'éclat de ses victoires et de sa renommée, domina jusqu'en 1579 dans les conseils du roi d'Espagne, d'où il n'exclut point, mais où il annula presque entièrement le parti contraire.
Voici en quels termes il est parlé des deux partis dans une relation italienne manuscrite faite en 4 57 7 \ un an avant le meurtre d'Escovedo, meurtre qui opéra la décomposition de la faction dominante, causa sa ruine peu de temps après, et amena un changement de personnes et de direction dans les conseils et les affaires d'Espagne.
« La cour est aujourd'hui réduite a très-peu de monde, car on n'y voit que ceux de la chambre du roi ou de son conseil, parce que beaucoup de cavalieri privati, qui y étaient ou pour servir le roi ou pour solliciter des faveurs, trouvant que Sa Majesté vit toujours dans la retraite ou a la campagne, se laissant peu voir, accordant rarement des audiences, donnant peu et tard, n'ont pas pu y rester sous le poids des dépenses sans plaisir ni profit. Elle est
1 Relazione délie cote di Spagna, ms. n* 1203, fol. 269 v*.
très-ouvertement divisée en deux factions. La première est celle de l'archevêque de Tolède, du marquis de los Vêlez, d'Antonio Perez, de Mateo Vasquez et de Santoyo. Elle apparaît comme étant le plus en faveur et la plus puissante en ce qui regarde l'administration des affaires qu'elle a entre les mains, quoiqu'elle ne semble pas avoir pour cela une puissance et une autorité extraordinaires 1 . L'autre est celle du duc d'Albe, du prieur don Antonio (de Tolède), du prince de Mélito, du marquis d'Aguilar et de Zayas. Chacune cherche a combattre la faction contraire du mieux qu'elle peut*. »
L'auteur de la relation italienne ajoute, sur les principaux personnages de ces deux factions :
« Le duc d'Albe est tenu pour dissimulé, artificieux, d'une grande expérience, mais jaloux et méchant. Le roi lui montre beaucoup de bonne volonté, mais il l'emploie peu. Il n'a aucune autorité, et il est par terre. Aussi y a-t-il peu de gens qui tiennent compte de lui. Pour cacher son peu de faveur et sa mauvaise fortune, il ne s'éloigne jamais du roi 9 .
* a È divisa in due fattioni assay scopertamente : la prima c Farci vescovo diToleto, il raarchese de los Vêles, Antonio Perez, Malteo Vasquez el Santoio. et questa apparisce per favorita et più potenle, rispetto all'amministratione de negotii che a in ma no, non gia che se veda potenza ô auto rit à eitraordinaria. » (Beluzione délie cote di Spagna, fol. 278 V.)
1 Ibid.
5 a II duca d'Alva c tcnuto per pcrsona cupa, artcficiosa et di niolto sapere, nia invidioso et maligno. 11 re gli mostra buona volunlà, ma non l'a dopera mollo. Non hà autorité alcuna, e c per terra ; eson poclù che I en phi no conto di lui. Ma per ricoprire la sua poca gratia c mala