CHAPITRE PREMIER
à la pratique généralement suivie, lui avaient donné une perversité d'esprit que n'avait pas trop repoussée sa nature. D'une intelligence vive, d'un caractère insinuant, d'un dévouement qui ne reconnaissait ni bornes ni scrupules, plein d'expédients, écrivant avec nerf et élégance, d'un travail prompt, il avait singulièrement plu à Philippe II, qui lui avait peu k peu donné presque toute sa confiance. Ce prince lui faisait connaître ses desseins les plus particuliers, l'initiait à ses pensées secrètes, et c'était Perez qui, dans le déchiffrement des dépêches, séparait ce qui devait être communiqué au conseil d'État, pour lui demander son avis sur les points de la politique soumis a son examen, de ce que le roi réservait pour lui seul 1 . Une si haute faveur lavait enivré. 11 affectait envers le duc d'Albe lui-même, lorsqu'ils dînaient a la même table chez le roi, un silence et une hauteur qui décelaient a la fois l'arrogance de l'inimitié et l'étourdissement de la fortune 9 . Aussi peu de modération dans la prospérité, les habitudes du plus grand luxe, l'amour du jeu, le goût effréné des plaisirs, des dépenses excessives,
* Voir à la tin du volume l'Appendix A.
* « Y entre otras cosas que ténia de vanidad y locura, fue, que siempre que comia en el Estado, se lcvantaba el primero y casi sin hablar al duque de Al va, o quitandolo un poco la gorra, y muy torcido el roslro, y Iras el sus amigos dexando solo al duque. » (Proceêo que se fulmina contra Antot.io Perez, secretario de Eetado del rey don Phelipe segundo y del Despacho universal, y por su mandado sobre la muer te de Juan Escobedo. m s. des archives des affaires étrangères ; Déposition du comte de Fuensalida.)
qui le conduisaient k recevoir de toutes mains, excitaient contre lui l'envie et l'animosité dans la cour austère et divisée de Philippe II, et, k la première occasion, préparaient inévitablement sa chute. Il la précipita lui-même en servant trop bien les passions déliantes de Philippe II, et peut-être même en les excitant outre mesure contre deux hommes de son propre parti, contre don Juan d'Autriche et son secrétaire Escovedo.
Les Pays-Bas étaient sur le point de secouer le joug espagnol, lorsque don Juan y fut envoyé en qualité de gouverneur. Les troubles profonds auxquels ils étaient livrés depuis plus de dix ans tenaient à des causes qu'il ne sera point inutile de connaître pour bien apprécier la conduite de ce jeune prince dans sa difficile mission, et les motifs attribués par Perez au meurtre de son secrétaire Escovedo.
Philippe H, qui, k la différence de Charles -Quint, - était plus Espagnol que Flamand, avait adopté, a l'égard de ces provinces, habituées de tout temps à une grande indépendance, une série de mesures dont le résultat devait être leur assujettissement ou leur insurrection. Du centre de la Péninsule où, retiré dès 1559, il fit sa résidence continue pendant trente-huit années, il avait voulu introduire en Flandre le régime politique et religieux de l'Espagne. Placer les Pays-Bas sous la direction morale d'un clergé beaucoup plus nombreux que celui qui y existait immémorialement, et rendre ce clergé tout