‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 8 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à fait dépendant du roi ; y établir l'inquisition afin d'y protéger la croyance catholique, menacée par le luthéranisme d'Allemagne et le cal vinisme de France ; y exercer son autorité souveraine de loin, a l'aide d'agents dévoués, de plusieurs conseils soumis, et sans le concours usité des états généraux ; y construire des citadelles pour tenir les habitants des villes en crainte et dompter leur vieil esprit de liberté : tel avait été son plan. 11 ne l'avait pas conçu d'un seul coup, mais il y fut peu a peu conduit, et on le trouve autant dans sa pensée que dans ses mesures.

L'exécution successive de ce plan avait rencontré dans les Pays-Bas une opposition poussée en dernier lieu jusqu'à la révolte. Les trois archevêchés et les quatorze ^évêchés 1 que Philippe II, d'accord avec la cour de Rome, créa a la fin de 1559 dans les dix-sept provinces, dotés aux dépens des riches abbayes du pays 8 , changeaient la constitution ecclé-

4 Jusqu'alors, les Pays-Bas n'avaient eu que quatre évêchés : Cambrai, Arras et Tournai, placés sous l'archevêché de Reims, et Ulrecht, sous l'archevêché de Cologne. La nouvelle division ecclésiastique fut celle-ci : l'archevêché de Malines avec Anvers, Gand, Bruges, Ypres, Bois-le-Duc el Rureraondc, pour évêchés ; l'archevêché de Cambrai avec les évêchés d' Arras, de Tournai, de Saint-Omer et de Naniur ; et l'archevêché d'Utrecht avec les évêchés de Harlem, de Devenler, de Leuwarden et de Middlebourg. (Raynaldi, Annales Ecclesiasiici, ad ann. 1559, n° 35. Meteren, Hist. des Pays-Bas, la Haye, 1618, fol. 51.)

* Les abbayes d'AfQighem, de Saint-Émans, de Saint-Bernard, de Tongerlo, de SaintrBaefs, de Sainl-Martin, de Saint-Omer, de Saint- Berlin, d'Egmonl, de Saint- l'ierre, de Sainte-Marguerite, de Lidden,

siastique de celui-ci et altéraient gravement sa coq* stitution politique en faisant entrer dans les État», au lieu d'abbés élus, indépendants, zélés pour l'intérêt public, des évêques choisis par le roi, institués par le pape, et dévoués a la domination comme au service de l'Espagne. Aussi furent-ils l'objet de vives protestations de la part du clergé belge, et trouvèrent-ils de vrais obstacles a leur établissement dans la résistance de plusieurs villes, qui se refusèrent a les recevoir 1 .

La haute noblesse, ayant a sa tête l'babile prince d'Orange, le vaillant comte d'Egmont, auquel étaient dues les victoires de GraVelines et de Saint-Quentin, l'amiral comte de Hornes, ne subit pas plus docilement l'autorité et les hauteurs du Franc-Comtois Granvelle, devenu récemment cardinal et archevêque de Malines, et que Philippe 11 avait donné pour conseiller suprême a sa sœur naturelle, la duchesse Marguerite de Parme, lorsqu'il l'avait laissée gouvernante des Pays-Bas, Après une lutte de plusieurs années, les grands seigneurs flamands obtinrent le renvoi déguisé de Granvelle en 1564 *.

de Gelwcrt, des réguliers, elc, et la prévôté de Saint-Liévin, elc. (Melercn, Hist. des Pays- Vas, fol. 3i.)

1 Le Brabant s'opposa à l'érection des évéebés d'Anvers et de Boisle-Duc. Anvers, Ru remonde, Devenlcr, ne reçurent pas leurs évêques. Ailleurs, les nouveaux évêques turent sans autorité et en luilt* avec les abbés, les chapitres et les populations du pays. (Ibid.)

* Le 6 juin 1565, le roi écrivit au prince d'Orange, au comte d'Egmont et au comte de Hornes, « que ce n'était pas sa coutume de renvoyer ses ministres sans les avoir ouïs. » (Hopperus, Recueil et Mémorial des troubles des Pays-Bas, dans les Analtcta Belgica, U

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