CHAPITRE IV
beaucoup de témoins importants, était un homme éminent, bon chrétien, craignant Dieu, et n'ayant fait de mal k personne 1 . Les mêmes six témoins attestèrent Tinnocence du majordome Martinez*.
Malgré la mauvaise volonté de ses juges et la haine de ses ennemis, il était difficile de condamner légalement Ferez, contre lequel s* élevait un seul témoignage positif, entaché d'un sentiraient de vengeance et argué de faux. Aussi Vasquez se livra-t-il a un supplément d'enquête et voulut-t-il plus que jamais faire comparaître l'apothicaire de Molina d'Aragon et l'enseigne Juan Rubio 8 . Perez, profitant de ses avantages, et redoutant de nouveaux délais pleins de péril pour lui, demanda avec instance qu'on prononçât le jugement et sa mise en liberté. Ce fut sur ces entrefaites que le confesseur de Philippe II intervint de nouveau et d'une façon étrange. Au moment même où les preuves n'étaient pas suffisantes contre Perez, il engagea celui-ci à les compléter par «es aveux. Pour l'y décider, il lui exposa alors, sur l'innocence des meurtres commandés par les rois, la théorie que nous avons déjà exposée*. « Sachant, lui disait-il, les tribulations que vous et les vôtres souffrez depuis si longtemps, je me suis
* « Y que el dicho Antonio Perez es nombre principal, y secre-
tario de Estado, buen cristiano, y temeroso de Dios, y sin haccr mal à nada. » (Proceso, ms.)
* Ibid.
5 a Y ver si podia traher el boticario que avia destilado las
hierbas, y â Juan Rubio. » [Ibid.) ♦Voyez p. 60 et 61,
demandé si je devais a la charité chrétienne de donner un conseil a qui ne m'en demande pas. J'ai fini par me résoudre a le faire, et ainsi je vous dirai que, puisque, en toute réalité et vérité, vous avez une excuse péremptoire du fait, une fois qu'il sera avéré, vous devriez confesser pleinement ce qu'on vous demande, et vous tirer ainsi de la pénible situation où vous êtes, puisque cela seul en est et en a été la cause. Qu'ensuite chacun réponde pour soi. Que Dieu conserve Votre Seigneurie, pendant longues années, dans la santé et le repos si nécessaires a sa famille 4 ! »
Perez se garda bien de suivre ce conseil, qui, sous l'apparence de l'intérêt et de la compassion, cachait un piège. Il s'y refusa, et, s'appuyant sur la volonté même du roi, qui lui avait autrefois écrit : « Ne vous embarrassez pas de ce que vos ennemis font et de ce que je les laisse faire : je ne vous abandonnerai pas, et soyez sûr que leur animosité ne pourra rien contre vous... ; mais il faut que vous trouviez bon qu'on ne découvre pas que ce meurtre a eu lieu par mon ordre 8 . » Perez répondit donc au confesseur, après avoir pris conseil du cardinal de Tolède, que « se condamner ainsi soi-même dans un cas si grave
1 Proceso, ms., et Relaciones, p. 70, 73.
* a Entre los villetes que présenté Antonio Perez en Çaragoça en su descargo ay uno, en que dize el rey : Que no le dé cuydado quant o hizieran sus enemigos, ny el le dexe, que el no le faltarâ d el, y que se assegure que no podrâ la passion obrar contra el... y vos aveys de tener por bien que no se entienda que aquella muerte se hizo por my orden. » [Relaciones, p. 66.)